## I. Introduction
a perte auditive liée l'âge (PALA) - ou presbyacousie - est une maladie chronique courante chez les personnes du troisième âge, et est généralement liée au vieillissement naturel. Ce handicap invisible affecte plus de 250 millions de personnes dans le monde. La prévalence de la perte auditive augmente progressivement avec l''âge, passant de $13\%$ des adultes âgés de 50 à 59 ans à plus de 80 $\%$ des personnes âgées de 80 ans et plus. Plusieurs défis découlent de cette évolution démographique et doivent être pris en compte pour améliorer la qualité de vie liée à la santé (QVLS) des personnes âgées.
On constate plus généralement les impacts de la PALA aux niveaux physique, mental et social d'une personne. Cela peut conduire à des déficits cognitifs, des troubles de l'humeur, à un isolement social progressif et à une augmentation du risque de chutes et de blessures. La vie sociale et familiale ainsi que la propre qualité de vie des individus se voit alors affectée. La PALA influence également le comportement des proches dans la vie quotidienne, en particulier celui du principal aidant familial. Les proches doivent faire plus d'efforts pour communiquer avec la personne malentendante, en répétant, en parlant plus lentement et plus fort, et en se rapprochant d'elle pour être entendus et attirer son attention. De plus, les proches aidants font état d'anxiété et de stress, de limitations au niveau de la communication verbale, de changements dans les activités sociales, ou encore d'évitement de réunions sociales. En effet, les activités agréables, telles que aller au restaurant, au théâtre, rendre visite à des amis ou de la famille, peuvent être restreintes ou abandonnées car la communication est difficile. Des sentiments d'isolement, de frustration, de ressentiment et de culpabilité réduisent finalement leur propre qualité de vie. Le proche ressent cette perte de lien social qui ne dépend pas de lui.
Certaines études ont par ailleurs examiné l'impact positif de l'utilisation d'aides auditives (AA) sur la qualité de vie, le handicap, l'amélioration de la santé physique, et le déclin cognitif. Une minorité $- 12\%$ - des Canadiens malentendants utilisent des aides auditives. Même à des âges plus avancés, le pourcentage reste relativement faible, avec seulement $24\%$ des 70-79 ans étant équipés. Mettre un AA ne guérit pas la perte auditive mais permet d'aider dans différentes situations comme les conversations en tête à tête ou pour la télévision. L'appareillage est un dispositif bénéfique aussi bien pour les sujets que pour leur entourage.
En raison de toutes les conséquences que la presbyacousie entraîne dans la vie des personnes âgées, il est inévitable que ce changement interfère avec leur qualité de vie globale, et puisse causer diverses frustrations. Il est important d'étudier comment les proches et les sujets atteints de PALA gèrent les problèmes de la vie quotidienne et comment la capacité à faire face aux difficultés influe réellement sur leur qualité de vie.
L'objectif de ce travail est d'évaluer, par une revue systématique de la littérature, si une aide auditive contribue à une meilleure qualité de vie et une meilleure participation sociale chez la personne âgée malentendante et ses proches.
## II. MÉTHODES
### a) Stratégie de recherche
Nous avons effectué une revue systématique de la littérature internationale à partir des banques de données CINHAL, Embase, Medline et Pubmed, sans limitation d'ancienneté.
Pour nous aider à définir les mots clés pour la recherche dans les différentes bases de données, nous avons utilisé la méthode PICO:
- Population: personnes âgées malentendantes et leur proche
- Intervention: utilisation d'amplification
- Comparaison: aucune intervention
- Outcome: qualité de vie et participation sociale
Pour interroger CINAHL, nous avons utilisé les mots-clés et termes suivants:
\[(MH "Hearing Disorders") OR (MH
"Presbycusis")) OR TI (presbycusis or hearing loss or hearing impairment or hard of hearing or hearing disorders) OR AB (presbycusis or hearing loss or hearing impairment or hard of hearing or hearing disorders) OR MW (presbycusis or hearing loss or hearing impairment or hard of hearing or hearing disorders)\]N [("Quality of Life") O (MH"Activities of Daily Living") OR (MH "Social Participation") OR (MH "Quality-Adjusted Life Years")) OR (TI (quality of life or livingN2(standard or condition) or social participation) OR AB (quality of life or livingN2(standard or condition) or social participation) OR MW (quality of life or living N2 (standard or condition) or social participation)] AND[(MH "Aged") OR TI (aged or elderly or senior or older people) OR AB (aged or elderly or senior or older people) OR MW (aged or elderly or senior or older people)] AND [((MH "Caregivers") OR (MH "Extended Family") OR (MH "Significant Other")) OR TI (caregiver or extended family or significant other or family member or communication partner or loved one or immediate family or near relative or partner) OR AB (caregiver or extended family or significant other or family member or communication partner or loved one or immediate family or near relative or partner) OR MW (caregiver or extended family or significant other or family member or communication partner or loved one or immediate family or near relative or partner)] AND [(MH "Hearing Aids") OR TI hearing aids OR AB hearing aids OR MW hearing aids].
Pour interroger OvID (Embase et Medline), nous avons utilisé les mots-clés et termes suivants:
[(MH "Hearing Loss") OR (MH "Presbycusis")) OR TI (presbycusis or hearing loss or hearing impairment) OR AB (presbycusis or hearing loss or hearing impairment) OR MW (presbycusis or hearing loss or hearing impairment)] AND [(MH "Quality of Life") OR (MH "Social Participation") OR TI (quality of life or living condition or social participation) OR AB (quality of life or living condition or social participation) OR MW (quality of life or living condition or social participation)] AND [(MH "Aged") OR (MH Adult)) OR TI (aged or elderly or senior or older) OR AB (aged or elderly or senior or older) OR MW (aged or elderly or senior or older)] AND [((MH "Caregivers") OR (MH "Spouses") OR (MH "Child of impaired parents")) OR TI (caregiver or significant other or family member or communication partner) OR AB (caregiver or significant other or family member or communication partner) OR MW (caregiver or significant other or family member or communication partner)] AND [(MH "Hearing Aids") OR TI (hearing aids) OR AB (hearing aids) OR MW (hearing aids)].
Cette recherche nous a permis d'identifier 278 articles, qui ont ensuite été importés sous Covidence. Nous avons éliminé les 94 doublons des différents moteurs de recherche. Un premier tri a été effectué après lecture des titres et des abstracts. Les articles complets ont ensuite été évalués selon les critères d'inclusion et d'exclusion.
### b) Sélection des articles
Les critères d'inclusion pour les articles comprenaient des articles révisés par les pairs, avec des sujets presbyacousiques (perte neurosensorielle) âgés d'au moins 60 ans, incluant des proches (membres de la famille, amis, professionnels de santé permanents), un groupe contrôle ou de comparaison et utilisant des échelles psychométriques et des questionnaires validés. Concernant le plan d'étude, les essais randomisés contrôlés, les interventions contrôlées non-randomisées et les méta-analyses étaient acceptées.
Tout article avec sujets ayant des troubles de la communication, déficit cognitif, syndrome congénital, maladie de Ménière et autres comorbidités étaient exclus. De même, les aides de suppléance à l'audition, implant cochléaire ou à ancrage osseux n'étaient pas pris en compte, tout comme les pertes auditives conductives, rétrocochléaires ou liée à l'exposition au bruit. Les études observationnelles, revues systématiques et littérature grise étaient également exclues. Les proches considérés comme professionnel de la santé temporaire n'étaient pas non plus éligibles pour cette revue.
### c) Extraction des données
Chaque article était analysé par deux évaluateurs à l'aide du logiciel Covidence. Les conflits ont été gérés par une troisième personne.
### d)Risque de biais (Risk of bias)
La méthodologie des études sélectionnées a été évaluée à l'aide du Joanna Briggs Institute Meta-Analysis of Statistics Assessment and Review Instrument (JBI-MAStARl), un outil permettant d'évaluer le risque de biais. Le risque de biais a été classé comme "élevé" lorsque l'étude avait un score "oui" inférieur à $49\%$; "modéré" lorsque l'étude avait un score entre 50 et $69\%$ de "oui"; et "faible" lorsque l'étude avait plus de $70\%$ de scores "oui" pour les questions relatives au risque de biais. Ces jugements ont été réalisés par deux évaluateurs indépendants. Les désaccords ont d'abord été résolus par la discussion et, lorsqu'il n'y avait pas de consensus, le troisième examinateur a été consulté pour le vote décisif.
### e) Qualité de preuve (Quality of evidence)
Le groupe Grading of Recommendations Assessment, Development, and Evaluation (GRADE) a développé un système pour évaluer la qualité des preuves et mesurer la force des recommandations dans les revues systématiques. Elle sera utilisée ici en complément de la méthode MAStARI.
## III. RÉSULTATS
### a)Résultats de la recherche et caractéristiques
Notre recherche dans les 4 bases de données nous ont permis d'identifier 278 articles (Fig. 1). Une première sélection basée sur la lecture des titres et des abstracts nous a permis d'éliminer 144 articles. Après lecture complète des 37 articles restant, 19 études ont de nouveaux été exclues. 11 d'entre elles avaient un mauvais plan d'étude, 6 articles ne correspondaient pas aux populations adéquates, 1 article était rédigé en allemand, et le dernier utilisait une mauvaise intervention. 18 études sont finalement incluses dans notre revue systématique et leurs caractéristiques sont référencées dans la Table 1 (Annexe 1).

 Figure 1: Strategie De Selection Des Articles
### b) Modèle des études
Sur les 18 études sélectionnées, 12 sont des études transversales [1-12]. Quatre études sont longitudinales [13-16] et une est de cohorte prospective [17]. On note enfin un essai randomisé [18].
### c) Evaluation de l'audition
L'audition a été évaluée par différentes méthodes, aussi bien avec des audiométries tonales classiques afin d'évaluer les seuils auditifs [4-6, 8-11, 13, 15, 16] qu'à l'aide de questionnaires d'autoévaluation de l'audition [1, 3, 12] ou via la lecture de dossiers médicaux [17]. Quelques audiométries vocales dans le silence [16] ou dans le bruit ont aussi été utilisées comme le QuickSIN [5, 10]. Quatre études n'ont pas décrit les méthodes audiométriques utilisées. Dans tous les cas, des aides auditives étant utilisées ou l'impact de la perte auditive étant caractérisée, il est présumé qu'une déficience auditive significative a été supposée [2, 7, 14, 18].
### d)Effet de l'appareillage
Concernant la réhabilitation auditive, les études menées ici ont choisi différentes approches. Soit la population sélectionnée comprenaient des sujets aussi bien appareillés que non appareillés [1, 2, 6, 8-11, 15, 18], soit une population de sujets non appareillés et équipés ensuite par l'équipe de recherche [13, 14, 16].
Dans les études où les sujets appareillés et non appareillés sont recrutés, il est difficile de tirer des conclusions unanimes. En effet, le taux de sujets appareillés est souvent trop faible [1] et un manque d'information sur l'appareillage (nombre d'appareils portés, temps de port, gain prothétique) [2, 6, 8, 9] empêchent de conclure à des résultats satisfaisant. Cependant, on remarque tout de même que l'appareillage améliore la qualité de vie et semble avoir un impact positif sur le processus de vieillissement, et que la qualité de vie dépend des stratégies d'adaptations utilisées au sein du dyad.
Dans les études longitudinales, les effets sont plus marqués. Après l'appareillage, une amélioration générale de la qualité de vie, une diminution du stress des proches aidants et des difficultés de façon générale sont observées. Cependant, la taille des échantillons pour ces études reste faible et les tests utilisés ne sont pas forcément standardisés [14, 16].
Les autres études n'ont pas évalué l'effet de l'appareillage en tant que tel [3-5, 7, 17]. Cependant, elles se sont intéressées à l'impact de la perte auditive sur les proches ou les facteurs pouvant influencer la qualité de vie des sujets malentendants et des proches. Les effets seront décrits plus bas.
### e)Interventions complémentaires
Pour évaluer la qualité de vie, plusieurs questionnaires ont été utilisés: le World Health Organization Quality of Life Instruments (WHOQOL-BREF) [2, 8, 9], le Short Form-36 (SF-36) [13, 16], l'EuroQol-5D (EQ-5D-3L) [3] et le International Outcome
Inventory Hearing Aids (IOl-HA) ou Alternative Interventions (IOI-Al) [18]. Le International Outcome Inventory for the Significant Others (IOI-HA-SO and IOI-Al-SO) [18] a été administré pour les proches uniquement. Pour le reste des études, beaucoup de questions « faites maison » [5, 17] ou inspirées de questionnaires déjà existants comme le Global Age-Friendly Cities: a Guide [1] ou le questionnaire de Silliman [17] ont été appliqués afin d'évaluer ce paramètre.
Pour déterminer l'impact de la perte auditive sur la vie les sujets malentendants, la majorité des articles ont optés pour le Hearing Handicap Inventory for the Elderly (HHIE-S) [2, 4-6, 10, 12, 16] ou pour des questions d'auto-évaluation de l'audition [1]. Le ressenti des proches a été quantifié à l'aide du Hearing Handicap Inventory for the Significant Other/Partner (HHIE-SO/SP) [4, 6, 10], du Significant Other Scale for Hearing Disability (SOS-HEAR) [11, 12, 15], du Significant Other Assessment of Communication (SOAC) [11] ou du Quantified Denver Scale (QDS)[16].
Des questionnaires supplémentaires ont aussi été administrés pour évaluer les symptômes dépressifs (Center for Epidemiological Studies-Depression Scale, CES-D), les comorbidités (Cumulative Ilness Rating Scale, CIRS), le niveau de dépendance fonctionnelle (Kartz Index of Independance in Activities of Daily Living, ÀDL ou le Lawton Instrumental Activities of Daily Living Scale, IADL) [13], ou encore les troubles cognitifs et auditifs centraux (Dichotic Sentence Index, DSI test)[4] des sujets malentendants. Des échelles analogiques pour évaluer l'état de santé (EuroQol-Visual Analogue Scale, Chen et al, 2020), l'anxiété ou l'humeur d'une personne [8] sont également employés.
Pour les proches aidants, des caractéristiques autres que la qualité de vie et ont été analysées dans les articles. Le stress de la vie quotidienne est mesuré par le Caregiver Burden Inventory (CBl)[13], le Zarit Burden Interview (ZBI) [7], et le Perceived Stress Scale (PSS) [10]. De plus, les difficultés de communication au sein du couple (Primary Communication Inventory - PCI), I'humeur (The Philadelphia Geriatric Center Positive and Negative Affect Rating Scale ARS)[10], et l'impact de la perte auditive sur les activités quotidiennes (Relationship Assessment Scale SAC)[11] ont aussi pu être caractérisées.
Quelques études ont utilisé leurs propres échelles, qui n'ont pas été validées, ou se sont inspirés de questionnaires déjà existants [1, 5, 14, 17].
#### fRisques de biais et qualité de preuve
Les analyses pour cette partie ne sont pas terminées à l'heure où le rapport est écrit. Elles seront effectives d'ici à la fin du mois de Septembre 2021.
### d) Résumé des articles
A la lecture des différents articles, plusieurs points peuvent être relevés. La perte auditive a des conséquences aux niveaux émotionnel et social [5, 9], mais aussi sur la communication [5, 11]. De plus, une charge mentale plus importante des proches est observée [7].
Aussi, il est clair que l'appareillage a un impact sur la qualité de vie générale des sujets et de leur entourage. Dans les papiers sélectionnés ici, il a été démontré que l'appareillage améliore la qualité de vie [2, 13, 16], permet de diminuer le stress des proches aidants [13, 14], les symptômes dépressifs [13], ainsi que la charge émotionnelle et mentale aussi bien des sujets que de leurs proches aidants [7, 14]. De plus, une amélioration de la conversation en tête à tête et à la télévision [14] est aussi relevée.
En outre, plusieurs facteurs ont été étudiés et caractérisés comme ayant une influence sur le taux de plainte auditive. Un plus haut niveau d'éducation scolaire (chaque année supplémentaire d'étude diminuerait de $3\%$ de chance le risque de se plaindre de problèmes auditifs), avoir reçu des soins de santé dans les 6 derniers mois, être marié [1] et ne pas avoir de diagnostic de démence [7] seraient des facteurs protecteurs sur l'acceptation d'une perte d'audition.
A contrario, des facteurs de risques existent, qui augmenteraient quant à eux les chances de se plaindre de l'audition. Un âge plus avancé (chaque année supplémentaire augmenterait de $6\%$ de chance le risque de se plaindre), être un homme (les hommes ont $19\%$ de plus de chances de se plaindre de leur audition que les femmes) [1, 7], le niveau de revenus et de participation sociale [1, 10] et le statut marital, à savoir être célibataire ou veuf, [1] sont des facteurs de risque relevés dans cette revue. De plus, d'autres paramètres peuvent aussi impacter la qualité de vie des sujets. Un iMC élevé, ne pas consommer d'alcool ou de drogues, vivre avec des membres de la famille, avoir un bon sommeil et de bonnes relations sociales et familiales, ne pas avoir de déficience auditive ou visuelle, avoir peu de maladies chroniques [3], avoir des loisirs [3, 10], une perte auditive légère [6], et utiliser des stratégies d'adaptation actives basées sur la résolution de problèmes et la pensée positive [8, 9] impactent les caractéristiques psychosociales des individus [10].
Concernant la perception de l'audition, il n'y a pas de consensus dans la littérature. Dans la revue de Chmiel et al (1993), les proches jugent plus sévèrement l'impact de la perte auditive que les patients. Dans le papier de Kelly et al (2011), le sujet malentendant rapporte cette fois-ci un score total et émotionnel plus élevé que celui du proche. De façon générale, il est clair que les pensées négatives impactent grandement les sujets dans leur jugement de la perception de la qualité de vie liée à l'audition [10].
Enfin, certaines études ont aussi pris plus spécifiquement en compte le ressenti des proches, et ont évalué les facteurs de risques pouvant augmenter leur stress. Il a été remarqué que le stress des proches aidants est plus élevé si le proche en question est une femme en mauvaise santé et s'occupant au moins 8 heures par jour de leur conjoint. Ce stress peut être diminué si la perte auditive ou la dépression du conjoint sont traités [17]. Par ailleurs, la satisfaction au sein du couple, l'écart d'âge et la perception du handicap auditif par le conjoint [11] sont aussi des facteurs pouvant influencer le stress du proche aidant. L'âge, le sexe ou le degré de perte auditive ne semblent pas avoir d'effets sur les scores de perception du handicap auditif entre les sujets déficients auditifs et les proches [6].
## IV. DIScussion
La perte auditive liée à l'âge a un effet délétère sur la communication orale, en particulier en présence de bruits de fond, et peut amener les sujets malentendants à se mettre en retrait de leurs activités quotidiennes. Par ailleurs, il est important de noter que la PALA n'affecte pas seulement la personne ayant une perte auditive: elle peut aussi avoir un effet délétère sur les proches. Parmi ces effets, nous constatons une réduction de la participation sociale, une estime plus faible de son propre bien-être, moins d'interactions, une communication de moins bonne qualité, des symptômes plus importants d'anxiété et de dépression et moins de relations interpersonnelles ou conjugales. Peu de chercheurs ont enquêté sur les effets de l'utilisation d'aides auditives sur les proches.
Il a donc été choisi de réaliser une revue systématique de la littérature afin d'évaluer, dans les études récentes, l'impact que pourrait avoir une aide auditive sur la qualité de vie et la participation sociale de la personne âgée malentendante et de ses proches.
Dans les papiers sélectionnés ici, il a été démontré que l'appareillage améliore la qualité de vie, mais permet aussi de diminuer le stress, les symptômes dépressifs ainsi que la charge émotionnelle et mentale aussi bien des sujets que des proches aidants. Certains facteurs sont protecteurs du taux de plainte auditive, comme un plus haut niveau de scolarité, avoir reçu des soins de santé dans les 6 derniers mois, être marié et ne pas avoir de diagnostic de démence. Un IMC élevé, ne pas consommer d'alcool ou de drogues, vivre avec des membres de la famille, avoir un sommeil de qualité, garder de bonnes relations sociales et familiales, ne pas avoir de déficience auditive (ou une perte légère) ou visuelle, avoir peu de maladies chroniques, continuer de pratiquer des loisirs et utiliser des stratégies d'adaptation actives basées sur la résolution de problèmes et la pensée positive impactent positivement les caractéristiques psychosociales des individus.
Cependant, d'autres facteurs sont considérés comme plus à risque, ou influençant la qualité de vie liée à l'audition des sujets et de l'entourage. Un âge plus avancé, être un homme, le niveau de revenus et de participation sociale, et le statut marital (être célibataire ou veuf) sont des facteurs de risque relevés dans cette revue.
Concernant la perception de l'audition, aucun consensus n'a été trouvé dans cette revue. Dans certains papiers, les proches sont plus impactés par le handicap de leur conjoint, tandis que dans d'autres, les sujets déficients auditifs ont des taux de satisfaction moins élevés que leurs partenaires. La façon de penser et de gérer le handicap impactent grandement les sujets dans leur jugement de la perception de la qualité de vie liée à l'audition. Malgré cette absence d'harmonie dans les études sélectionnées ici, il est manifeste qu'évaluer le handicap auditif par des proches est primordial afin de mieux comprendre les problèmes de communication avec le sujet âgé [12].
Enfin, des facteurs de risque impactent également le stress des proches aidant. Une mauvaise satisfaction au sein du couple, un grand écart d'âge, être une femme, avoir une santé fragile, et s'occuper au moins 8 heures par jour de son conjoint augmente le taux de stress et de charge mentale. Ces conséquences peuvent être diminuées si la perte auditive ou la dépression du conjoint sont pris en charge et traités. L'âge, le sexe ou le degré de perte auditive ne semblent pas avoir d'effets sur les scores de perception du handicap auditif entre les sujets déficients auditifs et les proches.
### a) Limites
Les données de la littérature évaluant l'impact de l'appareillage sur la qualité de vie des sujets ayant une perte auditive liée à l'âge et de leurs proches font état de plusieurs limites. Les échantillons sont souvent trop faibles ce qui limite la puissance statistique des résultats. De même, une grande majorité des études ne réalisent pas de tests subjectifs ou objectifs sur l'audition (audiométrie tonale, tympanométrie), nécessaires pour mieux comprendre l'impact de l'audition sur le quotidien des sujets et de leur entourage. L'étude canadienne prendra en compte ce facteur: tous les sujets recrutés, aussi bien les sujets âgés que leurs proches, devront passer un test d'audition en amont.
Par ailleurs, la prise en compte du ressenti simultané des proches ou des déficients auditives est rarement prise en compte. Or, avoir le point de vue des deux partis permet de mieux comprendre l'impact de la perte auditive dans sa globalité, les besoins de chaque individu, et de prendre en charge l'entourage dans son ensemble. Il est donc nécessaire d'ajouter des groupes contrôle afin d'évaluer de l'efficacité d'une intervention. De plus, un certain nombre d'études ont choisi de recruter aussi bien des sujets appareillés que non appareillés. Dans ces papiers, il est difficile de tirer des conclusions unanimes. En effet, le taux de sujets appareillés est souvent trop faible et un manque d'information sur l'appareillage (nombre d'appareils portés, temps de port, gain prothétique) empêche de conclure à des résultats satisfaisant. Dans notre étude canadienne, des groupes distincts seront créés (sujets normoentendants, malentendants non appareillés et malentendants appareillés), afin d'évaluer véritablement l'impact de l'appareillage sur les sujets, et les comparer à un groupe contrôle. En outre, chez les sujets porteurs d'aides auditives, plusieurs paramètres seront relevés, comme le data-logging, le nombre d'années de temps de port des appareils ou encore le gain prothétique, qui peuvent grandement influencer les résultats. De plus, les proches de chaque parti seront interrogés afin d'observer les possibles différences et stratégies mises en place au quotidien avec leur partenaire.
Aussi, nombre d'études ont administré des questionnaires « fait maison », ou peu utilisés dans la littérature. Le niveau de preuve des données récoltées étant donc relativement faible, les résultats doivent alors être analysés de façon judicieuse, et en aucun cas être généralisés à la population globale. Pour l'étude canadienne, des questionnaires standardisés et validés par la littérature seront exclusivement utilisés, afin de limiter au maximum les risques de biais.
## V. CONclusioN
La perte auditive liée l'âge affecte plus de 250 millions de personnes dans le monde et sa prévalence augmente progressivement avec l'âge. Plusieurs études ont déjà pu montrer les conséquences néfastes de la perte d'audition sur le fonctionnement cognitif, social, communicatif et physique des sujets malentendants (Lin, 2012). L'impact de la perte auditive peut également avoir des effets collatéraux. Les membres de la famille, et en particulier les conjoints, assument souvent des responsabilités supplémentaires, et les rôles familiaux peuvent être modifiés. Cette revue systématique résume les études ayant évaluées l'impact de la perte auditive sur les sujets malentendants et leurs proches.
Il n'est plus à démontrer que la perte auditive affecte l'entourage des sujets malentendants. Certains facteurs externes peuvent aggraver ces sentiments, tels que le niveau de scolarité, le statut marital, ou encore les stratégies d'adaptations mises en place au sein du dyad. L'appareillage est apparait comme l'une des solutions permettant de diminuer la charge mentale, aussi bien des sujets déficients auditifs que de leurs proches.
Il est nécessaire que les prochaines études cliniques menées et les décisions en termes de politique de santé relatives à l'audition prennent en compte les répercussions de la perte auditive sur l'entourage. Cette revue systématique met en évidence les impacts généraux de la déficience auditive sur l'entourage et l'importance d'impliquer les proches aidants dans les décisions de traitement. La prise en compte de l'entourage est primordiale pour la réussite d'un traitement auditif.
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References
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Data Availability
Not applicable for this article.
How to Cite This Article
Dr. Israel Bispo dos Santos. 2026. \u201cHealth-Related Quality of Life and Social Participation of Older People with Hearing Loss and their Relatives\u201d. Global Journal of Medical Research - F: Diseases GJMR-F Volume 23 (GJMR Volume 23 Issue F7): .
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