Les Femmes Peulhes dans la Sous-Préfecture de Togoniéré au Nord de la Côte d’Ivoire, entre Résilience et Adaptation

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Les Femmes Peulhes dans la Sous-Préfecture de Togoniéré au Nord de la Côte d’Ivoire, entre Résilience et Adaptation

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Abstract

Cette contribution examine la capacité de résilience et d’adaptation des femmes migrantes peules de Togoniéré dans un contexte où l’ensemble de leur communauté peine à s’intégrer dans les zones frontalières en proie à une pression sur les ressources naturelles. La méthodologie pour cette recherche s’appuie sur la documentation autour des activités des femmes en général et celles des femmes peules en particulier. Elle s’accompagne d’une enquête auprès de 366 femmes réparties dans 18 villages rattachés à cette circonscription administrative, pour apprécier leurs activités. Les résultats indiquent une diversité d’activités menées par les femmes peulhs telles que l’élevage, l’agriculture et le commerce. Toutefois, elles font face à des obstacles tels que l’accès limité aux ressources foncières et au crédit. Malgré cela, ces activités ont un impact positif sur le revenu et leur statut social. Une situation qui requiert le renforcement de leurs activités notamment en leur facilitant l’accès au crédit, en renforçant les réseaux de soutien et en promouvant l’égalité du genre pour une autonomisation plus durable.

Introduction

Les années 1970 ont été marquées par une sévère sécheresse qui a touché l’Afrique dans son ensemble, et plus particulièrement l’Afrique de l’Ouest. Ce phénomène a conduit les éleveurs peulhs et leurs troupeaux à modifier leur système d’élevage. Ces changements entraineront un déplacement massif vers des zones plus favorables à l’élevage. La Côte d’Ivoire s’est retrouvée au centre de ces migrations pastorales, particulièrement dans sa région nord (Véronique ANCEY, 1997, p.670). Mais dans ce milieu caractérisé par l’introduction accélérée de l’élevage et de la culture attelée qui en découle, se heurte rapidement aux logiques de subsistance établies et aux manques de structures foncières appropriées. Des conflits surgissent un peu partout autour de la cohabitation agriculteurs-éleveurs avec pour sujet principal la sécurité des cultures vivrières (Kouamé Hyacinthe KONAN et al, 2016, p.24; Dabié Désiré Axel NASSA, p.77). En dehors de la cohabitation des peulhs avec les communautés autochtones qui a toujours existé sur fond de tension agriculteurs-éleveurs, l’attentat du 11 juin 2020, les attaques meurtrières du 29 mars et 12 juin 2021 attribuées à des groupes se réclamant du prédicateur Peulh salafiste Amadou Koufa vont amplifier le malaise des communautés peulhs (KONAN Kouamé Hyacinthe, 2025, p34).

La pression démographique et les dégâts de cultures que provoque la présence d'un cheptel important sont les facteurs explicatifs de l'embarras actuel des communautés autochtones hostiles à la présence peulhe sur des terroirs aux ressources surexploitées. Cette hostilité des paysans, entame profondément l'intégration des Peulhs et aggrave la crise foncière touchant la région Nord du pays (Youssouf DIALLO, 1995, p.7). Dans cet espace fragilisé par ces nombreuses contraintes où l’économie de la femme peulhe a toujours été greffée sur l’activité pastorale des hommes, la question que soulève cette étude est celle de l’adaptation de ces femmes face aux défis d’ordre socio-économique et environnementales auxquels elles sont désormais confrontées. L’objectif de cette contribution est de montrer les stratégies adoptées par les femmes peulhs pour se maintenir dans cette zone frontalière.

Méthodologie

Présentation de la zone d’étude

Togoniéré est une localité située dans le département de Ferkessédougou dans la région du Tchologo au Nord de la Côte d’Ivoire (cf. Figure [fig:localisation-zone]).

Localisation de la zone d’étude

La population de cette circonscription administrative est estimée à 15025 habitants (RGPH, 2021), dont 7775 Hommes et 7567 femmes. Le relief y est peu accidenté, avec des plateaux, des plaines et des vallées étroites. La végétation est composée d’arbustes nains, dominée par les bois de baobab, de Karité et de néré. Les sols sont sableux et sablo-gravillonnaire. Le climat est de type soudano-Guinéen, avec une grande saison sèche de mi-Octobre à mi-Mai et une saison de pluie de mi-Mai à mi-Octobre. La faune locale comprend des lièvres, des phacochères, des pintades sauvages et des perdrix. Togoniéré est également propice à l’agriculture vivrière (le riz, mil, maïs) et aux cultures de rente telles que la coton culture, les cultures de la noix de cajou et de la mangue.

Les données utilisées

Les données utilisées dans cette étude ont été obtenues à partir d’un échantillonnage aléatoire simple, technique qui garantit l'égalité des chances de sélection pour toutes les femmes peulhes de la population cible. Cette approche présente l'avantage de ne pas introduire de biais de sélection liée à des caractéristiques préconçues et permet d'obtenir un échantillon représentatif de la diversité de la population étudiée. La procédure de sélection s'est déroulée en plusieurs étapes permettant d'assurer le caractère aléatoire du choix. Dans un premier temps, il a été établi avec l'aide des chefs de village et des leaders des communautés peulhes, des listes exhaustives des femmes peulhes résidant dans chaque village retenu. Ces listes ont été constituées sans considération des activités exercées, du statut matrimonial, de l'âge ou de l'origine géographique des femmes. Dans un second temps, un tirage aléatoire a été effectué au sein de chaque liste villageoise. Cette sélection aléatoire a été réalisée en attribuant un numéro à chaque femme recensée, puis en utilisant une table de nombres aléatoires pour déterminer les enquêtées retenues. Cette procédure garantit que chaque femme peulhe de la population cible avait une probabilité égale d'être sélectionnée, indépendamment de ses caractéristiques personnelles ou économiques. Pour la détermination de la taille de l’échantillon la méthode de la boule de neige a été retenue permettant d’obtenir cet échantillon comme l’indique le tableau suivant:

Village d’enquêteNombre de femmes peulhs enquêtées
Togoniéré55
Diawarakaha12
Djo16
Droukrosso27
Diembala113
Diembal217
Korkana22
Djeyenin16
Djelebele37
Gbamga26
Kalakala52
Kakono14
Touala108
Touala209
Gbanono13
Sefognekaha08
Miliminin13
Fognoguet08
TOTAL366

Nombres de femmes peulhs interrogés par villages

Source: nos enquêtes, 2025

Traitement de l'information

Le traitement statistique a consisté à traiter les données statistiques recueillies sur le terrain. Les données statistiques concernaient les différentes données numériques recueillies lors de l'enquête de terrain. Leur traitement a permis de réaliser des graphiques (courbes et diagrammes) et tableaux (simples, dynamiques croisés) à partir des données statistiques obtenues. Ces graphiques et tableaux ont permis d'avoir une vision globale et synthétique des phénomènes en vue d'une bonne analyse. Le traitement s'est fait à l'aide du logiciel EXCEL.

Quant au traitement cartographique a permis de transformer les données recueillies en cartes. En effet, les données recueillies lors des enquêtes de terrain ont permis de réaliser des cartes. Ces cartes, une fois réalisées, ont permis de voir la répartition spatiale des activités économiques menées par les femmes peulhs dans la sous-préfecture de Togoniéré. Les logiciels de cartographie utilisés ont été les suivants: ArcGIS et QGIS.

Résultats

Les systèmes d’activités traditionnelles des femmes peuhles

En remontant dans l’histoire du nomadisme, on peut retenir deux principales formes de vie des peulhs: les éleveurs et les éleveurs-agriculteurs. Les éleveurs ont une économie à dominante pastorale et dépendent uniquement de leurs animaux. Leur habitation est de type mobile avec un genre de vie nomade. La vente et le troc du lait leur permettent de se procurer des céréales. Pour ce qui est des éleveurs/agriculteurs, ils dépendent également de leur élevage, tout en pratiquant certaines formes d’agriculture constituée uniquement de champs de case sur de petites superficies (Boubié BASSOLET, 1999, p212).

Les peulhs installés dans le Nord de la Côte-d’Ivoire, quant à eux sont des transhumants immigrés des régions sahélo-soudaniennes. Si ces peulhs sont marqués par une tendance à la sédentarisation, les enquêtes auprès des femmes permet de situer leurs origines (cf. tableau suivant).

PaysEffectifPourcentage
Burkina Faso19854.1%
Côte d’Ivoire7821.3%
Mali6718.3%
Niger236.3%
Total366100.0%

Répartition des femmes peulhs selon leur pays d’origine

Source: nos enquêtes, 2025

Nos études révèlent que plus de la moitié des femmes enquêtées (54.1%) sont originaires du Burkina Faso, probablement en raison de la proximité géographique de Togoniéré avec ce pays. La forte représentation des peulhs plus anciennement établis qu’on appelle peulhs de Côte d'Ivoire (21.3%) et du Mali (18.3%) témoigne des mouvements migratoires transfrontaliers caractéristiques des populations peulhs nomades et semi-nomades dans la sous-région ouest-africaine.

Pour ce qui concerne leurs activités économiques, elles tournaient jusque-là autour des produits de l’élevage. Certaines développent des parcelles agraires et la majorité pratique l’embouche de moutons pour compléter leurs revenus provenant du lait, dont la quantité est affaiblie par les multiples sécheresse, la dégradation des sols entre autres l’embouche consiste à acheter avec leurs économies de la vente de lait, un jeune mouton et des compléments alimentaires qui vont servir à le nourrir suffisamment (Madina QUERRE, 2003, p.50). La vente du lait reste une activité essentielle des femmes peulhes. Une partie de ce produit intervient prioritairement dans l’alimentation des ménages et l’autre partie du lait entre dans les activités de commercialisation des femmes soit sous forme de lait frais, soit sous formes de ses produits dérivés (lait caillé, beure, du lait, fromages, etc.). Les revenus des femmes provenant du lait leur servent à acheter les condiments, ustensiles de cuisine, colliers, pagnes, savons, etc. Ainsi, les activités de commercialisation liées au lait donnent aux femmes la possibilité d’une émancipation économique et sociale. Le lait pour les ménages peulhs en général, et les femmes en particulier représente donc toute leur économie, leur vie sociale et leur identité. La transformation agroalimentaire du lait et ses produits dérivés (fromages) occupe ainsi traditionnellement les femmes peulhs et contribue à plus de 50% au revenu annuel de leurs ménages.

Une tendance à la diversification des revenus dans un contexte de sédentarisation

Au regard des contraintes climatiques, socio-économiques vécues par les communautés peuhles et qui touchent le pastoralisme, les femmes diversifient leurs activités économiques. Dans un contexte marqué par l'effondrement des revenus laitiers (conséquence d'une baisse de la production) les femmes continuent de vendre du petit bétail mais elles ont développé d'autres qui n'existait pas (ou très peu) dans les habitudes économiques des femmes peulhes. Les femmes peulhes ont particulièrement investi le secteur du petit commerce (24.3% selon notre enquête), développant des réseaux de distribution qui s'étendent des villages aux centres urbains régionaux. Cette évolution témoigne d'une capacité d'adaptation remarquable aux opportunités de marché et aux exigences de l'économie monétaire locale. L'élevage, bien qu'en déclin relatif chez les femmes (36.1% seulement pratiquent encore cette activité), demeure une composante importante de l'économie locale. Les stratégies d'élevage évoluent vers des systèmes plus intensifs, notamment pour la volaille qui représente 50.8% des activités d'élevage féminines. Dans l’ensemble, les activités dans lesquelles elles sont impliquées se répartissent de la façon suivante:

ActivitésEffectifProportion
Ménagère15642.6%
Commerçante8924.3%
Agricultrice4512.3%
Artisane184.9%
Éleveur287.7%
Autres308.2%
Total366100.0%

Répartition des femmes peulhs selon leur domaine d’activité

Source: nos enquêtes, 2025

Le commerce constitue désormais la principale activité économique formelle (24.3%), suivi de l'agriculture (12.3%) et de l'élevage (7.7%). Près de la moitié des femmes (42.6%) se déclarent ménagères, révélant soit une inactivité économique formelle, soit des activités domestiques non comptabilisées. La vente de bijoux traditionnels (perles, bracelets, colliers), d'accessoires féminins ou de commerce de détail révèle une stratégie d'adaptation aux goûts locaux et à la demande urbaine croissante.

Vues de commerce de détail développé par les femmes peulhs
(Source: Sekongo, 2025)

Cette évolution vers des commerces fixes et équipés marque une transition majeure par rapport aux activités commerciales ambulantes traditionnelles. Ces investissements révèlent la capacité d'épargne et d'accumulation de certaines femmes, contribuant au développement économique local. Cette activité nécessite un capital initial modéré et s'appuie sur les réseaux d'approvisionnement transfrontaliers caractéristiques des communautés peulhs. Cette spécialisation témoigne de la capacité des femmes peulhs à identifier et exploiter des niches commerciales rentables, contribuant aux 24.3% d'activités commerciales identifiées dans notre enquête. Elles s’engagent également dans la transformation alimentaire avec la production de pate de manioc destinée à confection de mets locaux tels que l’attiéké, le placali et le gari.

Ce changement dans les pratiques est liée du point de vue de Claude Arditi (2001, p.1) à la sédentarisation qui entraîne de nombreuses conséquences tant sociales qu'économiques incluant les mutations dans habitudes alimentaires et culturels.

Cette activité de transformation illustre l'intégration réussie des femmes peulhes dans les filières agroalimentaires locales. La fabrication d'attiéké et de placali, produits de base de l'alimentation ivoirienne, témoigne d'une adaptation culturelle remarquable dépassant les frontières ethniques traditionnelles. Cette activité génératrice de revenus combine savoirs techniques locaux et demande alimentaire urbaine croissante. L'utilisation d'équipements traditionnels à l’instar de cette presse artisanale révèle non seulement une diversification alimentaire mais traduit une stratégie d'insertion économique locale et contribue à la sécurité alimentaire communautaire.

Vue d’une femme peuhle manipulant une presse artisanale de pâte de manioc
(Source: Sekongo, 2025)

Les pratiques agricoles autrefois caractérisées par l’agriculture de case a également connu une mutation. A cet effet, la pratique des cultures maraîchères traduit cette évolution de l’agriculture de case en agriculture orientée vers le marché dans un contexte de contraintes foncières vu que 63.9% des enquêtés exploitent moins d'1 hectare de terres agricoles.

Vue d’activités maraîchères menées par les femmes peulhes

Une situation qui traduit le niveau d’adaptation à de nouvelles pratiques agricoles et économiques. Cette dynamique de reconversion économique des femmes peulhes se traduit également par la multiplication des petits métiers tels que la confection artisanale des nattes (cf. Figure [fig:fabrication-natte]).

Fabrication artisanale de natte
(Source: Sekongo, 2025)

L'artisanat traditionnel avec la fabrication de nattes témoigne de la persistance des savoir-faire ancestraux générateurs de revenus complémentaires.

Bien que l'élevage constitue l'activité habituelle des Peulhes, près 64% des femmes enquêtées ne pratiquent plus cette activité ancestrale. Cette rupture avec la tradition pastorale s'explique par plusieurs facteurs. la sédentarisation progressive des communautés nomades, la perte du cheptel due aux aléas climatiques et économiques, ainsi que le transfert croissant de cette responsabilité vers les hommes dans l'organisation familiale. Néanmoins, plus d'un tiers des femmes (36%) perpétuent encore cette tradition millénaire, témoignant de la résistance culturelle et de l'adaptation des pratiques pastorales aux contraintes contemporaines. Cette évolution marque une transformation socio-économique majeure dans l'identité peulh traditionnelle. Une tendance similaire de diversification des revenus dans un contexte de sédentarisation est décrite par Isabelle DROY et Jean-Étienne BIDOU (2014,p.79) et fait cas des femmes peulhs de Djougou au Bénin qui avec leurs filles, exercent de façon autonome plusieurs activités simultanément ou échelonnées dans l’année : agriculture, transformation de produits agricoles. Cette situation diffère d’une époque dépeinte par Jean-Marc Bellot (1980, p.21) au cours de laquelle les revenus des femmes peulhes se limitaient aux revenus tirés de la vente des produits laitiers et artisanaux.

La création des coopératives, un moyen de résilience des femmes peuhles

Les femmes peulhes de la sous-préfecture de Togoniéré ont développé des formes d'organisation collective pour optimiser leurs activités économiques et renforcer leur capacité d'action. Bien que plusieurs coopératives existent dans la zone, seule la coopérative Weyanpeni de Lavé a été étudié à titre d’exemple pour analyser en profondeur les mécanismes organisationnels adoptés par ces femmes. La coopérative Weyanpeni de Lavé constitue un modèle représentatif des structures associatives féminines peulhes dans la région. Créée dans l'objectif de mutualiser les ressources et de développer des activités génératrices de revenus, cette organisation illustre la capacité d'adaptation et d'innovation des femmes peulhs face aux défis économiques actuels. Son fonctionnement révèle les stratégies collectives mises en place pour surmonter les contraintes individuelles et créer des synergies économiques.

Cette coopérative s'organise autour de principes de solidarité communautaire et de gestion participative, caractéristiques des traditions d'entraide peulhs adaptées aux exigences modernes de développement économique.

Vue d’une réunion de la coopérative Weyanpeni
(Source: Sekongo, 2025)

La coopérative Weyanpeni de Lavé a élaboré des stratégies de développement qui s'appuient sur la diversification des activités et l'amélioration progressive des capacités techniques et financières de ses membres. Ces stratégies révèlent une vision à long terme du développement économique féminin, dépassant les approches de subsistance pour viser une véritable accumulation de capital. Les perspectives d'expansion s'orientent vers l'intégration verticale des filières, notamment dans l'agriculture et l'élevage, permettant aux femmes de contrôler l'ensemble de la chaîne de valeur depuis la production jusqu'à la commercialisation. Cette approche témoigne d'une maturité économique croissante et d'une compréhension des mécanismes de création de valeur ajoutée. L'innovation organisationnelle constitue également un axe de développement privilégié. La coopérative explore des partenariats avec d'autres structures similaires dans la région, créant un réseau d'organisations féminines peuhles capable de mutualiser les ressources et de négocier collectivement avec les partenaires techniques et financiers. Cette stratégie de mise en réseau révèle une capacité d'adaptation aux exigences modernes du développement économique tout en préservant l'identité culturelle peuhle. Malgré les efforts consentis en multipliant les initiatives les revenus des femmes peulhes de Togoniéré restent faibles comme l’indique la figure suivante:

Répartition des femmes selon les tranches de revenus mensuels
(Source: nos enquêtes, 2025)

La situation économique est précaire avec plus de la moitié des femmes (51.6%) gagnant moins de 50.000 F CFA par mois et près d'un quart (24.3%) sans revenus monétaires. Seulement 24% génèrent des revenus supérieurs à 50.000 F CFA, dont une infime minorité (5.7%) dépasse 100.000 F CFA. Cette faiblesse des revenus témoigne de la vulnérabilité économique de cette population et des défis auxquels elle reste confrontée.

Les défis des femmes peulhes

L’une des contraintes majeures pesant sur les femmes peulhs est l'accès difficile à l’eau. La nécessité de se déplacer vers des points d'eau naturels (marigot) révèle l'insuffisance des infrastructures hydrauliques locales. Cette activité chronophage limite le temps disponible pour les activités génératrices de revenus et constitue un frein au développement économique féminin.

Source d’approvisionnement en eau
(Source: Sekongo, 2025)

Ces sources utilisées pour pallier l'insuffisance des infrastructures hydrauliques modernes souligne les risques sanitaires et la vulnérabilité en termes d’approvisionnement en eau. Par ailleurs, le manque de financement constitue la principale contrainte pour 54.1% femmes peulhes, limitant ainsi l'expansion de leurs activités économiques. Aussi, l'accès aux soins de santé reste le défi majeur car l’essentiel (73.0%) qui n'ont pas accès aux centres de santé. Cette situation expose cette population à des risques sanitaires majeurs, particulièrement graves pour les femmes en âge de procréer. L'amélioration de l'accessibilité aux soins constitue une priorité de santé publique. L'insuffisance d'infrastructures sanitaires constitue la principale barrière à l'accès aux soins pour la moitié des femmes (50,2%), révélant un déficit structurel majeur dans l'offre de santé. Les contraintes financières représentent le second obstacle pour un tiers des enquêtées (33,3%), soulignant la précarité économique qui limite l'accès aux services médicaux. La distance géographique complète ce tableau en affectant 16,5% des femmes, particulièrement celles résidant dans les zones rurales éloignées.

Conclusion

Cette étude révèle des transformations profondes dans les stratégies d'adaptation de cette communauté traditionnellement pastorale. L'analyse démontre une mutation significative du modèle économique peulh ancestral vers une diversification remarquable des activités génératrices de revenus. Les femmes peulhes de Togoniéré développent des stratégies d'adaptation économique pour surmonter les difficultés dans d'autres activités génératrices de revenus se trouve largement confirmée. Ces femmes ont opéré une transition majeure de l'élevage traditionnel vers des activités commerciales, agricoles et artisanales, témoignant d'une capacité d'innovation et de résilience exceptionnelle face aux contraintes du moment.

Si l'agriculture demeure présente, c'est désormais le commerce qui constitue l'activité économique dominante, marquant une rupture avec l'identité pastorale historique. L'organisation en coopératives, illustrée par l'exemple de Weyanpeni de Lavé, confirme l'évolution vers des formes collectives modernes d'entrepreneuriat féminin. Les contraintes foncières constituent un frein majeur, accompagnées de défis multidimensionnels incluant l'accès au financement, aux services de santé.

References

10 Cites in Article
  1. veronique ancey (1997). Les Peuls transhumants du Nord de la Côte-d'Ivoire entre l'Etat et les paysans : la mobilité en réponse aux crises.
  2. Boubié BASSOLET (1999). Sédentarité, reproduction sociale et pratiques alimentaires : le cas des Peulhs de la zone Soudano-Sahelienne du Burkina Faso.
  3. Claude ARDITI (2001). la paupérisation des éleveurs peuls de RCA.
  4. DABIE (2012). Frontières ivoiriennes à l’épreuve des migrations internationales Ouest-africaines.
  5. Jean-Marc Bellot (1980). Les femmes dans les sociétés pastorales du Gorouol.
  6. Madina Querre (2003). Quand le lait devient enjeu social : le cas de la société peule dans le Séno (Burkina Faso).
  7. Youssouf Diallo (1995). Les Peuls, les Sénoufo et l’État au nord de la Côte d’Ivoire. Problèmes fonciers et gestion du pastoralisme.
  8. Kouamé Hyacinthe KONAN,Gondo DIOMANDE,Kouadio Joseph KRA (2016). Culture de l’anacarde et nouveau jeu des acteurs du conflit agriculteurs-éleveurs dans la Sous-préfecture de Sohouo au Nord de la Côte d’Ivoire.
  9. Kouamé Hyacinthe KONAN (2025). Les communautés peulhs dans les territoires frontaliers au Nord de la cote d’ivoire : entre stigmatisation et problèmes d’intégration.
  10. Isabelle Droy,Jean-Étienne Bidou (2014). La fragilité de la sédentarisation d’une population pastorale peule au Bénin.

Funding

No external funding was declared for this work.

Conflict of Interest

The authors declare no conflict of interest.

Ethical Approval

No ethics committee approval was required for this article type.

Data Availability

Not applicable for this article.

How to Cite This Article

Dr. Konan Kouamé Hyacinthe, Sekongo Kafandja Aminata. 2026. "Les Femmes Peulhes dans la Sous-Préfecture de Togoniéré au Nord de la Côte d’Ivoire, entre Résilience et Adaptation". Global Journal of Human-Social Science - B: Geography, Environmental Science & Disaster Management GJHSS-B Volume 26 (GJHSS Volume 26 Issue B1).

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Journal Specifications

Crossref Journal DOI 10.17406/GJHSS

Print ISSN 0975-587X

e-ISSN 2249-460X

Keywords
Classification
LCC HN49.W6
LCC DT545.45.P4
DDC 305.488914
Version of record

v1.2

Issue date
July 28, 2026

Language
French
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Konan Hyacinthe
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