In recent years, feminist literature has promoted a redefinition of the spaces once attributed to women by patriarchal society. Mexican and Cameroonian writers give new meaning to feminine spaces in their novels. Laura Esquivel and Calixthe Beyala through their female characters reclaim certain spaces. In concert with the thought of Virginia Woolf (1992), these writers transform the spaces to make them « a room of their own » for female empowerment. In this Work, we demonstrate how the protagonists of Como agua para chocolate and Comment cuisine son mari à l’africaine, resemantize their spaces thus upsetting the socio-cultural establishment by conceding a new sense of freedom, intimacy, self-determination and empowerment to female spaces.
Résumé- Ces dernières années, la littérature féministe favorise une redéfinition des espaces jadis attribués aux femmes par la société patriarcale. Les écrivaines hispano-américaines et africaines (Mexicaine et camerounaise) to octroient dans leurs romans de nouvelles significations aux espaces féminins. Laura Esquivel et Calixthe Beyala, à travers leurs personnages féminins, se réapproprient certains espaces. De concert avec la pensée de Virginia Woolf (1992), ces écrivaines les transforment pour en faire « une chambre à soi » d'empowerment féminin. Dans cet article, nous démontrons comment les protagonistes des œuvres Como agua para chocolate et Comment cuisiner son mari a l'africaine, resémantisent leurs espaces, bouleversant ainsi l'establishment socioculturel en concédant un nouveau sens de liberté, d'intimité, d'autodétermination et d'empowerment aux espaces féminins.
### Introduction
ans les sociétés hispano-américaine et africaine la femme a connu une marginalisation socioculturelle séculaire, avec pour conséquence son invisibilité En effet, la société patriarcale l'a exclue et réduite en figurante car, selon Freud, cité par Steinem, la femme est « comme un homme incomplet» (1974:49), donc dépourvue de toute intelligence. Perçue juste comme un utérus, la femme fut cet être invisible qui n'avait que trois rôles sociaux. Pour Baranda Leturio (2003), «a función socialmente atribuida a las mujeres, el cuidado del hogar y la crianza de los hijos, eran tareas para las cuales resultaba innecesario saber leer o escribir y, por lo tanto, inútil gastar recursos en su adquisición» (34). De ce fait, la femme mexicaine tout comme la camerounaise, en se réappropriant ces espaces sibyllins légués par « le sexe fort » se libèrent des clichés, des stéréotypes socio - patriarcaux en faisant de leurs espaces féminins de nouveaux espaces d'émancipation, de pouvoir, de liberté, d'affirmation, de déconstruction des barrières d'assujettissement et de construction de nouvelles identités féminines. Corroborant avec ce qui précède, Gloria Steinem déclare que « la lutte pour l'émancipation et la libération féminine nait toujours de la conscience de cette situation d'infériorité et elle aspire à abattre les barrières qui font de la femme un être social et personnellement inférieur à l'homme » (1973: 9).
Dans leurs œuvres, Laura Esquivel et Calixthe Beyala mettent la femme en exergue, montrant comment elle transforme certains espaces traditionnels dépourvus d'importance en espaces de pouvoir socioéconomiques, en espaces atypiques d'intimité et de confidences, etc.[^2] Dans cet article, nous analysons donc Como agua para chocolate (1989) et Comment cuisiner son mari à l'africaine (2o0o) en nous appuyant sur la méthode sociocritique d'Edmond Cros; méthode dont l'objectif est « d'analyser la structure profonde des textes par rapport aux structures de sociétés (socioéconomiques, socio culturelles, structures mentales) qui la déterminent » (1982: 9).
## I. Les Espaces Traditionnels FÉminins
L'espace se définit comme un seuil commun de la réalité environnante. Il est considéré comme l'un des éléments narratologiques qui permet de ressortir les significations profondes d'un texte tout en montrant le rôle social du, personnage car, comme le stipule si bien Natalia Álvarez Méndez « el espacio no solo desempeña una función semántica puesto que igual relevancia tiene su funcionalidad sintáctica y constructiva » (2000: 36). En euphorie avec ce qui précède, Onomo Abena affirme que
Si l'on se réfère à tous les effets de sens qu'il peut produire. L'espace en dehors de la fonctionnalité structurale de la narration, est l'une des catégories textuelles qui permet le plus facilement de mettre en relation les structures discursives et la réalité socio-économique. Il peut permettre cette mise en relation des structures textuelles et des structures de société (1999:250).
Ainsi, sachant l'importance qu'à l'espace dans la structure socioéconomique, la société patriarcale céda des espaces de moindre solennité à la femme. Des espaces fermés tels que:
### a) La cuisine
La cuisine que ce soit au Mexique ou au Cameroun apparaît comme un recoin fermé de la maison où la femme prépare les repas de la famille. Dans Como agua para chocolate, Laura Esquivel décrit la cuisine comme le centre de toutes les actions de la famille De La Garza. Etant veuve, Mamá Elena était toujours dans sa cuisine, de sorte qu'elle donna naissance dans cet espace: « Tita arribó en este mundo prematuradamente, sobre la mesa de la cocina entre los olores de una sopa de fideos » (Esquivel, 1989: 11). De prime abord, Laura Esquivel montre que la cuisine était un espace réservé à la femme car dans cet espace, elle pouvait établir ses règles, apprendre le rangement puisque « cada olla tiene un sitio preciso » (1989:138) et, naturellement éduquer sa progéniture.
Dans Comment cuisiner son mari à l'africaine, Beyala présente la cuisine comme ce lieu qui depuis la nuit des temps est un espace féminin. Allant dans le même sillage, Rosario Castellanos, parlant de la cuisine comme espace séculairement réservé à la femme, affirme dans une réflexion': « mon endroit est ici. Depuis le commencement des temps ça été ici » (2010). La cuisine en Afrique et particulièrement au Cameroun est le sanctuaire de la femme comme le stipule Beyala à travers sa protagoniste Aïssatou: « interdiction d'entrer [.....] C'est mon royaume privé » (2000: 119). En effet, peu importe son aspect rustique, dans la mesure où il était le seul endroit qui échappait au control patriarcal, la femme a fait de la cuisine son endroit préféré. Elle y passe la majeure partie de son temps et ce, peu importe le climat: « par cette canicule, maman serait resté à la maison plantée devant un fourneau » (Beyala, 2000: 20).
) La chambre
Comme nous l'avons souligné plus haut, la femme n'avait que trois rôles sociaux qui se limitaient selon Bridenthal a: « Kinder, Küche, Kirche2 » (1999: 346). Parmi ceux-ci, deux se déroulaient dans la chambre, donner du plaisir à l'homme et lui faire des enfants pour pérenniser son nom. La chambre n'était que ce lieu de rencontre de satisfaction sexuelle, étant dans la logique du « sois belle et tais-toi », l'homme n'attendait aucune remarque pertinente de la femme car, elle était considérée, d'après Antonia Miguela Domínguez, comme une « empleada doméstica » (2001: 83). La chambre apparaît donc comme un espace de reproduction avec pour objet sexuel, la femme.
## II. RE-SÉmaNtisation Des EspaCEs FÉminins Dans les œuvres
Dans Como agua para chocolate et Comment cuisiner son mari à l'africaine, les protagonistes féminins donnent un nouveau sens à l'espace cuisine en lui octroyant du pouvoir, et faisant de l'insignifiante cuisine un lieu de liberté et d'intimité. En effet, ce petit espace sibyllin que concéda le patriarcat à la femme a été sublimé par celle-ci, devenant la pierre angulaire de la famille au Mexique comme au Cameroun.
### a) La cuisine comme lieu de liberté
Laura Esquivel et Calixthe Beyala dans leurs œuvres respectives montrent comment la femme réussit l'exploit de faire de sa cuisine un espace de liberté. Comme le préconisaient Sor Juana Inés de la Cruz (1978) et Virginia Woolf (1992), la femme a besoin d'un espace qui lui appartienne et qui échappe au control patriarcal afin qu'elle soit libre d'apprendre, libre de lire, d'écrire et de créer. La cuisine étant le seul espace féminin qui échappait au patriarcat, cet espace devient un lieu de liberté et de bonheur: «Tita cantaba y sacudía rítmicamente sus manos mojadas » (1989: 13). Dans Comment cuisiner son mari à l'africaine, Aïssatou « entreprend de faire la vaisselle en sifflotant » (2000: 106). La femme va apprendre alors à être libre dans sa cuisine. Elle fera de sa cuisine un espace de possibilités et de liberté. Cette liberté même qui lui était interdite par la société patriarcotraditionnel et machiste (qui la voulait totalement effacée, recluse, marginalisée) mais, la femme réussira subtilement à faire de son espace privé un espace de liberté ce, malgré les desseins d'infantilisation de l'homme.
### b) La cuisine comme lieu d'intimité
En outre, la cuisine apparaît aussi comme un lieu d'intimité dans Como agua para chocolate et Comment cuisiner son mari à l'africaine. La femme réussit à faire de sa cuisine un lieu de rencontre et d'intimité. C'est dans la cuisine que Pedro fit sa déclaration d'amour a Tita: «Tita caminaba apresuradamente hacia la cocina sin pronunciar una sola palabra. La cercanía de Pedro la ponía muy nerviosa [...] Fue entonces cuando Pedro le confesó su amor» (Esquivel, 1989: 22-23). En effet, Tita passait la plus grande partie de son temps à la cuisine. Par conséquent, Pedro n'eut autre alternative que de la suivre dans son espace pour pouvoir lui voler un baiser et faire d'elle une femme. Et le sort voulu que Tita naquit et perdit sa virginité dans la cuisine: « Pedro, se acercó a ella, apagó la luz [..] la hizo perder su virginidad y conocer el verdadero amor » (1989:139). De même, dans Comment cuisiner son Mari a l'africaine, la cuisine se transforma en lieu d'intimité entre Aissatou et Mr Bolobolo: « dans l'encadrement de la porte de la cuisine [....] Nos lèvres s'enfourchent. Nos corps s'affrontent et une recette jaillit de nos soupirs » (2000:107-108). La cuisine comme espace d'intimité est aussi entendue ici comme ce lieu de privauté qui permet la confidence et la complicité entre les femmes.
### c) La cuisine comme lieu d'empowerment féminin
La transformation de la cuisine comme lieu de partage, lieu d'intimité, lieu de liberté, de réflexion, de création, d'apprentissage et d'autodétermination féminine débouche à la mise en œuvre d'un nouveau type de femme. La femme mexicaine dans Como agua para chocolate et la camerounaise dans Comment cuisiner son mari à l'africaine qui déstabilisent l'establishment social en faisant de la cuisine une pierre angulaire au sein même de la maison familiale. La cuisine, jadis un espace dénué de sens et d'importance, est exaltée par les deux écrivaines qui, de concert, avec Garrido Dominguez (2007) font que cet espace: « se semiotiza y se convierte en un exponente de relaciones de índole idéologica o psicológica » (2007: 216). Beyala et Esquivel font de la cuisine un espace féminin de sublimation où la femme fomente des plans de séduction: « j'en ferai un amant, à défaut d'un mari je vais le cuisiner dans une daurade aux piments rouges jusqu'à ce qu'il devienne de là-dedans, moelleux et fondant comme un chocolat au soleil. Qu'il perde le sens! Qu'il éjacule!» (2000: 64). Dans la même lancée, Laura Esquivel montre que c'est dans la cuisine que Tita confectionne des plats spéciaux pour captiver Pedro et l'arracher des bras de sa sœur comme il en ressort dans cet extrait: «los platillos de Tita hicieron de Pedro un hombre tan enamorado que se moría de amor por Tita » (1989: 165). La cuisine devient pour Laura Esquivel et Calixthe Beyala le centre du monde que les deux écrivaines féminisent.
Ainsi, la cuisine ressort dans les deux œuvres comme espace de complicité féminine: «así abrazadas, permanecieron llorando hasta que a Tita no le quedaron más lágrimas en los ojos» (1989: 31). Cette complicité rend les femmes plus fortes afin de faire face à l'adversité et le projet d'invisibilité instauré par la société patriarcale. L'empowerment qui se dégage de cet espace féminin est dû au fait que la femme mexicaine tout comme la camerounaise ont su faire de la cuisine un espace d'expression féminine, un lieu de combat, de réclamation identitaire subtile à travers la seule arme qu'elles détenaient dans cet espace privé à savoir la pratique de la cuisine.
D'autre part, nous devons spécifier que Tita et Aïssatou, protagonistes de Laura Esquivel et de Calixthe Beyala, rescpectivement, mettent sur pied des stratégies culinaires de communication afin de passer des messages de colère et d'auto-affirmation. Alors, pour se faire entendre et s'affirmer comme des êtres pourvu d'intelligence, elles font de la cuisine un lieu de transmission: « desde la época prehispánica se habían transmitido los secretos de la cocina de generación en generación » (1989: 45). De même, la cuisine est un espace d'expression et un moyen de lutte: « J'épice. Je sale. Je poivre [...] mes seins exaltent les senteurs de côtelettes d'agneau aux cèpes [..] Quel est l'homme aux sens ordonnés qui peut résister a l'envie de ce magnifique dessert $\? \gg$ (2000: 72). En somme, la femme a tiré profit de cet espace de réclusion social où elle avait 'été reléguée pour en faire un espace d'empowerment féminin.
## III. COnclusioN
Après des décennies de silence et de marginalisation qui firent de la femme un être invisible dans la société, la femme a entrepris de s'exprimer de diverses manières. La cuisine plus que tout autre espace où elle avait accès est le lieu requis pour passer des messages à la société patriarcale qui la condamna à avoir un seul véritable rôle social, celui de procréatrice. Laura Esquivel et Calixthe Beyala protagonisent des femmes qui, à partir de leur espace de vie de tous les jours clament de concert avec Simone de Beauvoir qu'elles sont plus qu'un « deuxième sexe » (1976). Tita et Aïssatou font de la cuisine leur espace d'intimité, de séduction, de combat existentiel et ce, dans le but d'acquérir un empowerment féminin qui mette en branle l'establishment socio-politique et économique. Como agua para chocolate (1989) et Comment cuisiner son mari à l'africaine (200o) sont, en définitive, des œuvres féministes qui mettent en exergue le combat pour la visibilité de la femme et la lutte qu'elle mène afin d'abattre les stéréotypes marginaux instaurés par l'ordre patriarcal.
[^1]: Htpp//:www2.esmas.com/mujer/cocina _(p.2)_
[^2]: Maternité, Cuisine, sexe. _(p.2)_
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References
10 Cites in Article
N Baranda Leturio (2003). escritoras de oficios en AA.VV. la vida escrita por las mujeres.
C Beyala (2000). Comment cuisiner son mari à l'africaine.
E Cros (1982). Propositions pour une sociocritique.
I De La Cruz (1978). Selección.
L Esquivel (1989). Como agua para chocolate.
D Garrido (1992). El texto narrativo (Narrative writing).
A Méndez (2000). Espacios narrativos.
S Onomo Abena (1999). Sémiologie de l'espace urbain (Madrid) dans la Colmena de Camilo José Cela.
G Steinem (1973). Discurso de D. Santiago Salvat en la sesión inaugural del XVI Congreso de la Unión Internacional de Editores Barcelona, 7 de Mayo de 1962.
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Data Availability
Not applicable for this article.
How to Cite This Article
Eveng Cecile Carolline. 2026. \u201cRe-Semantization and Empowerment of Female Spaces in Como Agua Para Chocolate and Comment Cuisiner Son Mari A L’africaine\u201d. Global Journal of Human-Social Science - G: Linguistics & Education GJHSS-G Volume 22 (GJHSS Volume 22 Issue G4).
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