This subject deals with a category of “artifacts”, here the Museum, which served or accompanied the enterprise of conquest-colonization of Algeria and the process of “putting into a museum” a people and a territory. The examination is considered from the perspective of a French historiography. The Museum is taken as keystone or “fossil director”, which confirms and authenticates the French colonial project, in its successive dismemberments, as argued by Arnauld Le Brusq: “The colonial museum is placed at the first plan of an archeology of colonial France because the museum turns out to be consubstantial with the colonial project”.
## I. INTRODUCTION
Le niveau de conscience d'un soi national en construction, au sortir d'un «Âge» colonial, qui a duré 132 ans, se mesure et s'évalue, objectivement, par le truchement d'une «archéologie de la France coloniale» - expression empruntée à Arnauld Le Brusq (1) - qui met en affreument et soumet à l'examen les «artefacts» qui ont servi ou accompagné l'entreprise de conquête-colonisation et le processus de «mise en musée» d'un peuple et d'un territoire.
Dans «Dépossession du monde» de J. Bercque (1964), «Esquisse pour une archéologie de la France coloniale » et «Du musée colonial à l'invention d'un patrimoine croisé?» d'Arnauld Le Brusq (2005), la perspective archéologique a été envisagée dans un champ global, disons planétaire, qui place le fait colonial français sur l'orbite d'une mondialisation anticipée, celle de l'expansion coloniale européen sur les quatre autres continents. Une perspective qui a l'avantage du regard englobant, ou les «détails» et les «nuances» ne participent pas au trace des contours, à la construction de l'image et de la trame du récit historique.
Cette perspective est, de notre point de vue, trop large, dans ce sens où le propre de l'archéologie n'est pas de construire du récit mais de rendre lisible et intelligible des matériaux de l'histoire, sous le regard d'unprésent chaque fois renouvelé. C'est en cela que le «détail» et la «nuance» quiappeient, nécessairement, une réduction de la focale, constituent, parfois et le plus souvent même, les matériaux les plus utiles d'un examen et d'une lecture archéologiques; ils seraient, en même temps, les indicateurs clés pour une comprhension fondée de l'esprit colonial et de ses pratiques, dans les sphères de l'archéologie et du patrimoine culturel en général.
Dans cette perspective de réduction de la focale, que nous proposons et dans la catégorie des artefacts techniques et symboliques disponibles, nous avons choisi le musée, à l'instar des auteurs qui s'y sont intercessés, comme clé de VOûte ou «fossil directeur», expression prisée des préhistoriens, qui confirme et authentifie le projet colonial français, dans ses démembrements successifs, comme le soutient, d'ailleurs, Arnauld Le Brusq: «Le musée colonial se place au premier plan d'une archéologie de la France coloniale parce que le musée s'avère consubstantiel au projet colonial» (2005).
## II. LE «MUSEE» AU TEMPS DE LA CONQUÉTE FRANÇAISE
Etablit un diagnostic du fait muséal en Algérie, au temps de la conquête française (2), c'est dérouler le premier chapitre d'un processus de substitution d'une population «indigène» (3), déracinée et déchue de ses droits, par une population française qui la replacait au fur et à mesure et qui était, la seule, éligible au droit à la culture et donc aux services et équipements culturels (presse, cinéma, théâtre, bibliothèque et musee). C'est en dehors du champ «indigène» que l'objet et le sujet musée devraient donc être appréhendés, dans cette première phase de conquête, dans la mesure où il n'y a eu ni rencontres ni échanges entre «indigènes» et
«europeens», à la base de la construction de l'idée de «musee», mais tout au contraire rupture et distanciation. Le musee n'a pas été un lieu de confrontation féconde des représentations et des mémoires, il a été un lieu de traduction d'une domination par la violence.
Traiter ce chapitre, en dehors de ce préalable, serait compromètre tout le processus cognitif qui gouverne le sujet. Ni le cas de la Tunisie, ni celui du Maroc, soumis, officièlement, au protectorat français, l'un en 1881 et l'autre en 1912, ne sont éligibles à la comparaison et ne sauraient participer à la construction ou la reconstruction d'un discours muséal sur l'Algérie, dont l'énoncé remonte aussi loin que 1830, antérieur de plus d'un demi siècle. Le protectorat, contrairement à la conquête, exprimait une perspective d'échange, de confrontation et de continuité, sous des formes apaisées ou violentes mais qui ne dépassaient jamais le seul de la rupture. C'est par ce bout du fil de l'histoire de la conquête de l'Algérie - un segment d'une vingtaine d'années de longueur - et suivant ce préalable méthodologique, qu'il faille, à notre sens, appréhender la dimension muséale en Algérie avant de l'envisager le long du processus colonial.
Au premier temps de la conquête, depuis la Monarchie de juillet jusqu'à à la proclamation de la seconde République et au-delà du fait de l'invasion militaire et de ses effets de guerre, était totalement dominé par une gérance militaire du territoire, fondée sur un double objectif: d'une part, provoquer et accompagner la déchéance, la dépossession et la déculturation des populations «indigènes» et d'autre part, inciter et encourager l'acculturation, l'épanouissement et la promotion de populations européennes nouvellement établies ou en voied d'établissement, dans le cadre d'une politique de colonisation de peuplement.
La colonisation étant entendue, non pas comme suite et prolongement de la conquête mais comme son objectif et sa finalité. Il ne s'agit pas de deux séquences historiques successives mais de deux tranches d'une même série historique. Seule une différence de style marque la nuance, l'un militaire et l'autre d'apparce civile. Ce sont les militaires euxmèmes qui se transformérer en colons en s'appropriant un territoire qu'ils aménagèrent et modifièrent pour s'y installer. Ce n'est que bien plus tard et au fur et à mesure, qu'ils furent rejoints par une autre catégorie de colons «europeens», qui procédent d'une forme de colonisation plus classique.
## III. DE LA RENCONTRE CLAUZEL/BERBRUGGER
Deux acteurs, aux destinés croisés, vont jour un role déterminant, disons même fondateur du système muséal algérien, dans un contexte d'annexion d'un nouveau territoire à la souverinéte française: le général Bertrand Clauzel (1772-1842), un militaire et Louis Adrien Berbrugger (1801-1869), un civil. Le profil et l'itinétaire de ces deux personnages sont significatifs d'une vision et d'une idée partagées sur le système conquête-colonisation.
En août 1830, un mois à peine après la prise d'Alger, Clauzel fut nommé au poste de commandant en chef de l'armée expéditionnaire d'Afrique, en remplacement du général De Bourmont (4). Il était porteur d'un projet de colonisation de l'ancienne Régence d'Alger (5). Au même moment, Berbrugger, un parisien fort influent, respecté par son parcours d'homme de lettres et élève de l'Ecole des Chartes, était de passage à Alger où il donna une de ces conférences sur le socialisme et les idées phalanstériennes, dont il était un fervent défenseur (6).
La rencontres des deux hommes s'est faite dans un contexte de grand bouillonnement et de forte exaltation autour des idées « généuses » d'association et de justice redistributive, vehiculées par les Saint Simoniens, les Fourierristes, le communisme chrétien d'Etienne Cabet et les Francs maçons. Des idées qui cristallisèrent, un peu plus tard, sous la forme d'un grand projet utopique du Prince-Président Louis Napoléon Bonaparte: «le Royaume arabe».
Ce que nous retenons du profil de Clauzel, des traits qui le rapprochaient de Berbrugger et des idées utopistes de l'époque, est ce projet sociétéaire, d'intérêt collectif, forme d'autogestion, qu'il pouait réaliser, en tant qu'oeuvre de colonisation, celui de la «ferme-modele», qu'il créa sur un ancienne propriété déylicale à l'Est d'Alger (7), avec l'idée d'une exploitation pilote pour les colons, qui s'établitraient de proche en proche dans la plaine de la Mitidja, espace privilégiié d'une colonisation agricole. La «ferme modele» devait servir, d'abord, d'objectif d'implantation des vétérans de l'armée d'Afrique. Une idée qui fut reprise, après lui, mais sous d'autres méthodes moins glorieuses, par le général Bugeaud, avec le slogan: «par l'épee et par la charrue». Dans les deux cas, l'Algérie seprésentait comme un laboratoire d'expération, dans un contexte de crise d'emploi aigué en métropole. Il s'agissait de déplacer des expériences sociales inopérantes en métropole du genre «Ateliers nationaux」 (8), vers la colonie, sous des formulations militaires de mobilisation voire même d'embrigadement.
La gestion Clauzel du territoire, en tant que commandant de l'expédition militaire, était fondée sur deux principes fondamentaux: occupation restreinte du territoire, limitée à la partie littorale etNEGociation d'une forme de protectorat, à l'instar du beylik de Tunis, pour les autres parties du territoire, le Titteri (Méda), Oran et Constantine. Il lui sera reproché d'avoir signé, unilatéralement, des conventions de protectorat sur ces trois territoires avec la Régence de Tunis, ce que sa fonction n'autorisait pas. Désavoué, il démissionna et rejoignit Paris en 1831, pour être remplaced par le général Berthezène.
Le paradoxe de cette situation est qu'il fut élevé à la dignité de maréchal de France, le 27 juillet 1831, quatre mois après sa disgrâtce, puis sollicité, un peu plus tard, en juillet 1835, pour occuper le poste de gouverneur général des possessions françaises dans le Nord de l'Afrique. ÀpRES une année et demie de gouvernance, il subit encore une fois un autre affront pour cause d'imprévoyance, suite à l'échec de la première expulsion de Constantine (9). Il fut remplaçé par le lieutenant-général de Damémont.
C'est dans cette contexture politico-militaire, entre 1830 et 1837, que se sont esquissées puis consacrées, les premières idées de fabrication d'un espace de production d-images illustrant la puissance de l'armée imperiale et le bien-fondé de sa mission. La photographie et le cinema, n'était pas encore nés, les seules supports du message propagandiste de la conquête, étaient le fait de peintres et de dessinateurs, accompagnant les missions militaires françaises, complétés par tout un système d'imageries traditionnelles telles les cartes postales et les vignettes publicitaires. L'objectif, dans cette première phase de conquête, était la formation d'un imaginaire du lecteur et du spectateur autour des signes de gloire et des événements épiques et ensuite d'une perception de «l'indigène» à la fois étrange et fascinante et sur laquelle furent projétées ou réanimées des fantasmes d'un «orient» refoulé, prétexte d'une colonisation de peuplement.
## IV. LA BIBLIOTHEQUE-MUSEE D'ALGER
Tout aCOMMencé par le théâtre, avec la création, en novembre 1830, d'une salle de spectacle dans la ville d'Alger, dénommée "Théâtre d'amateurs d'Alger". Une création qui eut le soutien et le financement du gouvernement, par l'impact qu'elle suscitait, notamment auprès du premier noyau de colonis établis à Alger (10). A la différence du théâtre, le projet d'une bibliothèque publique, ne suscita pas le même engouement et ne suivit pas le même cheminement. Il fut l'œuvre du duo Clauzel/Berbrugger: une bibliothèque comme espace central de façon des normes et de fabrication de l'opinion. Quant au projet de musée, il fut introduit, un peu plus tard, de proche en proche, à l'ombre de la bibliothèque, d'abord sous la forme d'annexe.
Pour situer la place et la signification du Musée d'Alger, du moins dans les premières étapes constitutives, il est, d'abord, nécessaire de décliner le processus de création de la Bibliothèque publique, dans lequel il était inscrit, quoi en périhérie. Le projet de création d'une Bibliothèque publique à Alger fut soumis, en 1832, par l'Intendant civil, M. Genty Debussy, aux
Ministres des travaux publics et de la guerre pour adoption $^{(11)}$. Il fut ajourné, faute de fond livresque et de budget. Une année plus tard et devant l'insistance de Clauzel [qui n'était plus à Alger] ${ }^{(12)}$, exprimée dans un courrier appuyé, l'Intendant civil réagit d'une manière quelles peu laconique: «M. le préident du conseil des ministres, sur ma proposition, a bien approvéd en la création d'une Bibliothèque publique à Alger; mais je ne suis pas encore informé que ce projet doive bientôt receivevoir son exécution. Je ne viens pas moins de demander à son Excellence qu'elle veille bien vous confier (à M. Berbrugger) la direction de ce dépôt scientifique, aussi tôt qu'elle sera en mesure de nous en faire l'envoi ${ }^{(13)}$.
En 1935 Clauzel est de return à Alger et cette fois-ci pour occuper le poste de gouverneur général des possessions françaises d'Afrique du nord. Aussitôt arrived, il reactiva le projet de la Bibliothèque, ennant Berbrugger à la fois comme bibliothécaire et réducteur-en-chef du journal le «Moniteur algérien» (14) et en instruisant que c'est «à lui [Berbrugger que] doivent être adressées les articles, avis et announces que les chefs de service auraient à faire insérer dans la feuille officielle, ainsi que toutes les communications propres à faire connaître les efforts constants de l'administration et les progrès de la colonisation»
## V. L'ENONCÉ FONDATEUR DE LA BIBLIOTHEQUE-MUSEE D'ALGER
En introduction du « Livret explicatif des collections diverses de [la Bibliothèque-Musee d'Alger]», paru en 1861, Berbrugger avait escrit, en guise d'exposé des motifs: « La conquête de l'Algérie ouvrait simultanément au progrès de la civilisation et aux investigations de la science, la partie la moins accessible jusqu'àlors de ce continent d'Afrique, toujours si enveloppé de mystères. Vestiges de l'antiquité romaine où des époques indigènes, produits pittoresques de l'art arabe, sol, plantes, animaux; tout attirait l'attention de nos compatriotes. Aussi, la pensée de creator un établissement où les curiosités locales seraient recueillies et conservées, vint elle, pour ainsi dire, à tout le monde et presque des le premier jour. Le besoin d'une Bibliothèque publique se faisait encore plus sentir. Car, si chacun comprendait qu'il fallait sauver de l'oubli,METTRÉ à l'abri de la destruction les ∀vénérables vestiges du passé, recueilir les documents propres à jeter quellesumière sur les questions d'histoire et de science qui intéresse l'Afrique, on comprendait rundout qu'il importait de fournir à la population française, venue ici pour fonder un nouvel empire, les éléments de culture intellectuelle propres à l'empecher de tomber au niveau des Barbaresques dont elle venait de détruire la sinistre puissance" (15).
Ainsi fut créée la Bibliothèque d'Alger (16), dans une ancienne maison domaniale, sise «impasse du Soleil, le long de la «rue Philippe». Ses locaux, fort étroits, étaient néanmoins suffisants pour contir le volume des documents existants. A la création, elle ne comptait qu'un seul ouvrage, « la Grande Encyclopédie», offert par un avoué de Paris, M. Pillaut-Debit. Ce n'est que trois ans plus tard, en 1838, qu'un musée y est joint, sous la forme d'un dépôt d'objets assez hétéroclites.
La Bibliothèque déménagea, une première fois, pour s'établit dans de nouveaux locaux répondant à des exigences minimales d'exploitation, situés dans une aile de la grande caserne des Janissaires, rue Bab Azzoun. L'espace bibliothèque prendait place dans une «salle à double colonnade en marbre», édiifiée, en 1828, par legendre du Dey Hussein, Ibrahim Agha et le musée, dans la salle voisine, construite par Yahya Agha, prédécesseur d'Ibrahim. Le volume des objets archéologiques, provenant essentiellement des expéditions militaires, ayant dépassé les capacities d'accueil de la salle musée, il fut envisagé, un peu plus tard, en 1845, l'exploitation d'une dizaine de salles dans la Jénina (17), comme de lieu de dépôts archéologiques.
La fonction de secrétaire particulier du général Clauzel, exercée par Berbrugger, prend ici toute sa signification, lorsque l'on sait, aussi, qu'il fut nomméès 1837, membre de la première commission d'exploitation scientifique de la Régence d'Alger (18). Pour justifier de la conformité de l'entreprises museale et anticiper sur les critiques des méthodes employées, Berbrugger fit valor le principe de l'urgence et de la nécessité du moment «expédition militaire» sur toutes autres considérations: « il fallait d'abord être maitre du terrain avant d'y tenter des recherches scientifiques...Les hommes d'étude durable se résigner à suivre strictement les étroits sentiers que nos vaillantes colonnes leur ouvraient ca et là; il leur fallut donc se borner à glaner sur les traces de l'armée, lorsque souvent ils auraient pu recueillir d'abondantes moissons en s'écartant un peu de la ligne obligée des opérations militaires» (19).
## VI. LE MUSEE D'ALGER: UNE NOUVELLE FILIATION PATRIMONIALE
Sorti de l'Ecole des Chartes, Berbrugger était nécessairement improugné d'un savoir-faire en matière de bibliothèque, de musee et de collections, qui lui aurait permis d'envisager son projet de Bibliothèque-Musee, dans l'esprit du modele métropolitain, puisque le territoire de la Régence d'Alger était désormais inscrit dans le prolongement de la France, au sens d'une nouvelle filiation patrimoniale, fondée sur le «droit de conquête».
Le cas de la Bibliothèque était le plus simple, en termes d'appropriation; elle se situait, organiquement, dans le prolongement de la Bibliothèque nationale de Paris (B.N.P) et de son evolution historique. Elle était inscrite dans une politique de conservation et de lecture publique, fondée sur la cohérence d'un processus qui va de la sélection et du choix des livres à celle du prét, selon la catégorie des lecteurs etURTout l'orientation arrêtée,elle de la formation et du développement de l'esprit colonial. Elle etait destinée à un public erudit peu nombreux et plus ou moins spécialisé et une demande sociale pas encore exprimée,notamment en matière d'écrits et d'ouvrages scientifiques et techniques.
En tant qu'institution, la Bibliothèque d'Alger ne souffrait d'aucune ambiguité sur le plan de la filiation et de la transmission patrimoniale, du moins dans la première phase de conquête. Elle était destinée à un public exclusivement européen, servant une mission publique d'intérêt général, reconnaue par l'Etat. Elle s'inscrivait dans une seule temporalité «occidentale» à l'exclusion de toute autre, le monde de «l'indigénat» étant exclu de ce service public.
Il en est tout autrement du Musée, qui appelle un type de construction conceptuelle et organique. L'entreprise est plus complexe, s'agissant, notamment, du sens qu'il faut donner à la collection muséale, aux modalités d'acquisition, de conservation et de presentation (exposition). Le Musée d'Alger ne se situe dans chaque prolongement institutionnel métropolitain, qui lui auraitpermis de se placer sur une orbite patrimoniale. Il est le produit pur d'une conquête circonscrite à un territoire, «La Régence d'Alger» et à une population européen émigrée. Il commandait, nécessairement, la création d'une nouvelle culture muséale coloniale, différente de la culture métropolitaine, dont le point de départ serait juillet 1830.
Face à cet handicap major, Berbrugger proceda à contre-sens du modele bibliothèque, en investissant dans une filiation, qui n'est plus verticale au sens de la continuité historique et de la transmission patrimoniale, mais au contraire horizontale, pour assurer les solutions de rupture et de séquencerge et la fabrication d'une filiation entre un avant «barbare» et un après «civilisationnel», entre un temps vide (avant 1830) et un temps plein (après 1830).
Dans le cadre métropolitain, le Musée est constitué comme espace public d'appropriation collective des collections, au nom de la nation. C'est dans le sillage du nouveau concept «patrimoine national», invention de la révolution de 1789, que, furent créés, en l'espace d'une dizaine d'années (1772-1801), sur délibération des assemblées révolutionnaires, les cinq plus grands musées nationaux (20). Ils furent complétés, en 1801, par quinze musées provinciaux ou régionaux. Le paysage muséal français, ancre à l'histoire de la révolution de 1789, se présente en un réseau de Musées nationaux et régionaux, en construction permanente. Un dispositif spécifique français, qui n'est pas le résultat d'une évolution conceptuelle du Musée, en tant que fait culturel et civilisationnel, comme c'était le cas, dans l'ancien régime jusqu'à Louis XVI (21).
Le Musée français, depuis la révolution 1789, est une juste ↔ réponse aux destructions symboliques et aux pillages (vandalisme), pour rassembler et protéger les collections dilapidées et éparpillées. Cette force initiative de conservation remonte à 1790, date d'invention de la notion «Monument historique» (22), un mécanisme juridique de protection des biens de l'ancien régime «les monuments qui symbolisaient les âges de la barbie», contre la destruction et le vandalisme. Ces biens, considérés, alors, comme des butins de guerre, étaient érigés en Monuments historiques: une forme de nationalisation déguisée de biens privés (23).
En pensant le Musée d'Alger Berbrugger ne pouvait pas ignoreer le cheminement historique de la construction muséale en France métropolitaine et le handicap du processus de patrimonialisation des collections «au nom de la nation». La composante «indigène» étant exclue, il lui restait à définir les contours et le contenu de cette nouvelle «nation» arrivée sur une «terre neue». Pourquoi et pour qui un musée à Alger? Cette question demeurait sans réponse, à un moment où les limites même du nouveau territoire conquis n'était pas encore arrêtées (colonisation restreinte ou élargie?) et la définition de la population «europeenne» non encore établie. Il faut souligner ici, que dans la relation musée-public, Berbrugger utilisait judicieuxment l'expression «les curieux» que «le public» ou «le visueur», s'inscrivant dans le modele du cabinet des curiosités que du musée proprement dit.
## VII. LE COLLECTIONNISME «EXPÉDITIONNAIRE» (24)
Après le département de Clauzel et sous l'administration du général Damrémont, Berbrugger poursuivit sa mission de conservateur de la Bibliothèque-Musee, en démissionnêt du poste-clé de réducteur-en-chef du journal le «Moniteur algérien». Il fut appelé à assurer une nouvelle mission, qui le conforta dans son entreprise de construction museale, au sein de la première commission d'exploration scientifique de l'Algérie, créée par le maréchal Soult, duc de Dalmatie, président du conseil et ministre de la guerre qui, en concertation et en accord avec l'Académie des inscriptions et belles-lettres, avait initia le'idée «militaroc-académique», d'une conquête unconçue sous le double aspect de la pénétration militaire et de la connaissance, en arrimant l'exploration scientifique à l'expédition militaire (25).
A la veille du siège de Constantine, Danrémont avait pris un arrêté de création d'une commission scientifique, au sein même de l'armée expéditionnaire, qu'il chargea «d'explorer dans le double intérêt de la science et des arts le pays traversé par l'armée, de recueillir les manuscrits, les inscriptions, les objets d'art et d'antiquité qui pourront être découvertes». Berbrugger constituait, dans cette entreprise, le principal maître d'oeuvre, étant lui même le réducteur du rapport préliminaire de la commission. L'arrêté de Danrémont constitue, ainsi, le premier acte fondateur d'une politique de constitution de collections de biens culturels ciblés «manuscrits», «inscriptions» et «objets d'art et d'antiquité», mise en œuvre sans aucune forme d'exigence scientifique et technique que celle de l'encadrement par l'Armée.
Moritz Wagner, un allemand, naturaliste et voyageur scientifique de renom, qui était membre de la première commission scientifique, nous renseigne au mistrs sur les caractéristiques et les objectifs de cette commission (1841). Il a été intégré à cette dernière par le général Damrémont lui-même, aux conditions suivantes: «Monsieur, Je vous préviens que conformément à mon arrêté en date de ce jour, je vous ai nommé Membre de la Commission scientifique chargée de suivre l'armée expéditionnaire qui se porte contre Constantine. Mr. le Général Perrégaux, qui est le président de cette Commission, vous donnera des instructions pour accomplir la mission qui vous est confiée...»
M. Wagner, avait, en effet, participé à la $2^{\text{ème}}$ expulsion militaire de Constantine; il offre la garantie de livrer un point de vue quelque peu désintérésse sur la commission. Celle-ci avait avoir pour objectifs d'étudier les antiquités, mesurer les altitudes, collectionner toutes les raretés botaniques et zoologiques, afin de rédigier, une fois l'expédition achevée, un mémoire sur tout ce qui pouait avoir un interet pour la science et êtreigne d'être mentionné.(26). M. Wagner insistait particulièrement sur la spécifique de cette commission dont les membres étaient investis d'un role d'abord militaire, avec l'uniforme, le grade et la ration alimentaire. Ces démoignages sont forts instructifs pour le sujet qui nous intéresse ici, celui de la constitution des collections et de leur devenir.
Cette première expérience d'exploration scientifique avait pour support uneASF de manuel pour «les recherches archéologiques à entreprises dans la province de Constantine et la regence d'Alger», rédigé en novembre 1837 par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, à l'intention des «officiersarchéologues de I'Armée d'Afrique».
Dans ce guide pratique, outre des instructions classiques, étaient consignés les itinéraires avec des indications topographiques ainsi que des exigences de précision en matière de dessin, de croquis, de relevé et de collecte d'informations. Un réseau particulier était porté aux infrastructures antiques (voies, Ponts, bornes...) et aux inscriptions et monnaies. La plus grande attention était accordée à la précision et la justesse des données et informations, nécessaires et utiles, d'abord, à la strategie de pénetration du territoire et ensuite à la science proprement dite. C'est un corpus de documents papiers (cartes, dessins, relevés, croquis), détaché de son support substantiel: le matériel.
Qu'en est-il, alors, du matériel (objets mobiliers et immobiliers), support matériel du savoir, dans le mode opératione de l'Académie des inscriptions et belles-lettres? Quelles étaient les modalités et conditions d'accès, d'exploitation, de collecte, de transfert et de dépôt de ce matériel? Quel était son devenir et qui était les collectionneurs? Ces questions renvoient nécessairement à des responsabilités régaliennes et éthiques que l'Académie ne pouait assumer, laissant à l'armée le sein d'y apporter les réponses requises, en l'absence de toute législation en la matière. Nous rappelons; ici, l'arrêté du 26 avril 1841, pris par le général Lapasset (1817-1875), qui disposait que «Les prises faites par un corps ou une colonne expéditionnaire seront réparties ainsi qu'il suit: un tiers sera distribué aux troupes, les deux autres tiers appartiendron par portions égales au Trésor public et à la caisse coloniale » (27).
Aux termes de l'année 1839, une haute instance d'investigation scientifique, appelée «Commission d'exploration scientifique de l'Algérie», fut créé sous l'autorité du Ministre de la guerre. Elle était chargée d'activités de recherches, de reconnaissance, de relevés et de prélevements, sous l'encadrement du comité des travaux historiques et scientifiques du Ministère de l'instruction publique et le patronage de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Elle débutases travaux en 1840 et remis rapport en 1842. Elle comptait une vingtaine de membres, entre académiciens et officiers de l'armée d'Afrique, parmi lesquels Berbrugger était chargé de la dimension archéologique et historique.
Une position qui lui permit de se déployer dans la durée, sur un territoire de plus en plus élargi et un spectre plus vaste d'interventions avec, tout fois, un inconvenient de taille: il ne s'agissait plus d'une simple activité de collecte, de ramassage et de transfert d'objets et de documents, mais aussi etURTout de la production de la connaissance et du discours scientifiques, dans le cadre d'un travail collectif aux exigences de rigueur scientifique et dont les résultats sont consignés dans des rapports et des publications scientifiques, un corpus scientifique nécessaire au renforcement et à la consolidation du projet colonial.
L'exploration scientifique se réalaisait, ainsi, dans le sillage des colonnes expéditionnaires, derrière les officiers du génie et des ingénieurs géographes qui balisaient le terrain etTRAÇaient les premières topographies. Les travaux étaient, tout fois, circonscrits à la seule région littorale, la securisée; ils prarent fin en 1841. Par l'effet de publicité qu'ils produit sur l'importance des richesesses archéologiques, le gouverneur général Bugeaud fut amené à rédiger une circulaire appelant à la « conservation des monuments historiques et des restes d'antiquités » (28). Il fit ensuite vite face en instruisant le transfert des collections archéologiques en France pour doter le nouveau Musée algérien du Louvre (29). Une instruction qui n'était assortedie d'aucune mesure de protection légale et de conservation; elle s'inscrivait, toutefois, dans l'esprit muséologique impérial: les collections coloniales constituent un butin de conquête, qui mémoigne de la « grandeur et de la puissance » d'un empire. Elle allait dans le même sens que la décision du Duc de Dalmatie, prise trois ans plus tôt, pour transférer à Paris, les antiquités «spectaculaires» de Constantine ainsi que l'arc de triomphe de Djemila (30). Le Musée algérien du Louvre et l'arc de Triomphe de Djemila réalisait, le plus surement, une filiation patrimoniale au nom du droit de conquête, ce que ne pouvait réaliser le Musée central d'Alger, tel que pensé par Berbrugger, par déficit d'appropriation.
## VIII. LE MUSEE ALGERIEN DU LOUVRE
Le Musée algérien du Louvre a été crée en 1845. Il était établi à proximé du Musée egyptien, pour receivevoir les collections algériennes les plus spectaculaires. De ce qui était exposé, il y avait des inscriptions latines, des sculptures, des mosaiques, des chapiteaux et autres fragments de colonnes, répartis entre la salle d'Afrique, la salle des Antiquités chrétiennes et les paliers de l'Escalier Dur. En périphérique de ce Musée, réservé aux objets et œuvres d'art et d'architecture et soumis aux conventions de la gestion académique, gravitait une panoplie de musées, réceptacles d'autres catégories d'objets ethnographiques et d'artisanat, faisant partie des collections coloniales.
Ces musées, situés, généralement dans les villes portuaires, avaient acquis une vocation plus commerciale que culturelle, assurant des intérêts agricole et industriel, notamment à travers les espaces d'exposition. Nous citerons le Musée de la France d'outre-mer de l'Institut national d'agronomie coloniale, célibre par ses collections d'art indigène et arts appliqués; le Musée colonial ou exposition permanente des colonies du Ministère de la marine; le Musée industriel et commercial et des colonies de Lille; le Musée colonial de la chambre de commerce de Lyon, le Musée colonial de la Ville de Lyon; le Musée colonial de la chambre de commerce de Marseille; les Instituts coloniaux de Rouen et du Havre. Une profusion de musées et de collections privés, appartenant à des militaires, des sociétés savantes et desmissionnaires, participait du corpus des mobiliers d'intérêt archéologique, ethnographique et artisanal, transféré en métropole depuis 1830.
## IX. L'IDEE DE MUSEE DANS LA PERSPECTIVE DU « ROYAUME ARABE»
La phase de conquête (1830-1848) était marquee du sceau des expéditions militaires, dans leur forme la plus violente mais qui, paradoxalement, sous le couvert académique des commissions dites d'exploration scientifique, avaient ouvert le champ à l'intérêt archéologique. L'emprise militaire était tellement prégnant, face à un corps réduit de scientifiques, d'ailleurs minutieusement choisis, ne pouvait prétendre au label des expéditions d'Égypte, menée sous un directoire (1798-1801) et de Morée sous le roi Charles X (1829).
En 1848, une nouvelle s'annonçait, celle de l'annexion de l'Algérie à la deuxième République française (1848-1851) puis au Second empire (1851-1870). Le passage de la Monarchie de juillet au régime républicain, voit l'élection du neveu de Napoléon premier, Louis Napoléon Bonaparte (Napoléon III), à la presidence de la République. Avec l'insturation du Second empire, en 1851, le même Napoléon III est proclaimé Roi. La question algérienne allait connaître un autre énoncé, en totale rupture avec les objectifs de la conquête. «L'Algérie est un boulet attaché aux pieds de la France», soulignait-il, pour se démarquer de la strategie de la colonisation telle que conçue par les français d'Algérie.
C'est sous son règne que cessa la gouvernance militaire du territoire, avec l'établissement d'une administration civile à travers, notamment, la nomination d'un fourneur général et la départementalisation du territoire. Les dispositifs institutionnels, juridiques et financiers en matière d'architecture, d'urbanisme et d'archéologie furent revus, tout particulièrement en ce qui concerne les fouilles, la propriété des découvertes, l'occupation du terrain, l'attribution des subventions, et la conservation des documents. Des sociétés savantes se constituérant à Constantine, Alger et Oran; elles recrutent parmi les médecins, avocats, ingénieurs et architectes, qui jettèrent les premiers jalons d'une conscience coloniale d'un heritage archéologique romain et paléochrétien, celui qui participait à la légitimation et la justification de la présence française en Algérie.
Cet engouement soudain pour l'archéologie ne procédait pas directement d'une commande sociale ou d'un intérêt scientifique et d'érudition. «On ne peut guère s'occuper d'art, on a bien autre chose à faire", disait M. McCarthy (31). Il relevant de la personnalité même de Napoléon III qui, d'une part, s'employait à une mise sur orbite de l'oeuvre napoléonienne d'Egypte et de Morée, comme œuvre de prestige d'empire, avec comme arrière fond son projet de « Royaume arabe » et, d'autre part, s'y investissait directement pour la réalisation de son ouvrage sur l'« Histoire de Jules César». Cette entreprise imposait, d'elle-même, un choix judiciaux dechercheurs et d'homme des sciences de grande notoriété. Ainsi après un règne « militaro-académique», marqué par une approche désordonnée, sans support épistémologique et méthodologique de l'archéologie, dont apparaître quelques personnalités remarquables, par l'originalité de leurs travaux, quiANNÇAIT VERITABLEMENT le début d'une science archéologique en Algérie.
Dans ses premières expressions officielles, la recherche archéologique, en Algérie, se résumait à une activité de collecte et d'étude des inscriptions latines, sur instruction du Ministère de l'instruction publique, dans la perspective d'un arrimage de l'exploration scientifique coloniale aux institutions de recherches traditionnelles, ici l'Académie des inscriptions et belles-lettres et son role de valorisation et de diffusion des connaissances dans les domaines de l'histoire, de la philologie, de l'archéologie, de la linguistique et de la litterature, ainsi que sa mission de contrôle de la recherche à l'étranger et d'avis sur la nomination aux postes d'enseignement et de recherche des grandes institutions françaises.
Trois personnages ont marqué, par leurs travaux, la connaissance de l'antiquité de l'Afrique du nord, d'abord Léon Renier (1809-1885), puis un peu plus tard, Antoine Héron de Villefosse (1845-1919) et René Cagnat (1852-1937). Le premier, historien, spécialiste d'épigraphie latine, orienté vers la philologie et l'archéologie, fut charge, entre 1850 et 1852, de recueillir les inscriptions romaines de l'Algérie. Le second, élève pensionnaire de l'Ecole des Chartes, attaché au Musée du Louvre et également professeur en épigraphie latine à l'Ecole des hautes études - ayant initié, entre autres, l'élève Stéphane Gsell au déchiffrement et à l'interprétation des inscriptions - Il a été charge de relever les inscriptions qui venaient d'être découvertes dans la province de Constantine. Un passage à Tipasa lui permis de relever quelques inscriptions. Le troisième, normalien,/agrége de grammaire, épigraphiste, latiniste et spécialiste de l'histoire du monde romain, fut charge de mission en Tunisie, par le Ministère de l'instruction publique. En Algérie, il occupa, entre 1887 et 1914, le poste dinspecteur général des missions archéologiques de l'Algérie. Le premier corpus des connaissances de l'Antiquité de l'Afrique du nord, est le fait de ces troischercheurs. Leur avis et points de vue étaient sollicités par l'administration et le monde scientifique. Ils sont les fondateurs de la recherche dans le domaine des antiquités en Algérie.
## X. LE «MUSEE» SOUS LE SECOND ÉMPIRE
En 1858, le Prince Jérôme, chargé du Ministère de l'Algérie et des colonies, émettait de nouvelles instructions en matière de recherches archéologiques «noter avec soin, sur les cartes et plans de leur subdivision [officiers de bureaux topographiques] la direction des voies romaines, l'emplacement des ruines, des bornes milliaires, et de tous les monuments que l'on pourra découvert. Ce travail sera d'une grande'utilité pour les études archéologiques, et permettra, dans un prochain avenir, d'asseoir d'une manière définitive les bases d'une géographie complète de l'Afrique romaine». La même année, il rendait obligatoire la création, dans chaque ville, de musées municipaux. L'idée de musee central à Alger, si chère à A. Berbrugger, est sitôt rattrapée par le besoin de decentralisation, qui donna un sens et une plus grande légitimé à l'établissement d'une Algérie coloniale distincte de la métropole.
Le Second empire était annihilateur d'une volonté de dépassement de l'ordre ancien. Le maréchal Randon, gouverneur général de l'Algérie, fut appelé à développer une nouvelle politique d'investigation et de valorisation archéologiques. Il commença par rétablir, en 1854, la mission d'Inspecteur général des batiments civils en Algérie, confiée en 1847 à M. Charles Texier mais qui fut dissoute une année après. Elle fut reprise sous un nouveau libellé: «Inspection générale des monuments historiques et des musées archéologiques de l'Algérie». C'est Berbrugger qui en occupa le poste en 1854.
En 1856, sur instigation de Randon, fut créée la «Société Historique Algérienne», une société savante, dotée d'une revue scientifique, la «Revue africaine». En guise d'exposé des motifs de la création de cette société savante et de sa revue africaine, Berbrugger, qui fut nommé prémanent, écrivait ceci: « Il y a, en Europe, des hommes éminents dans la science historique et qui s'occupent du passé de l'Algérie avec une abondance de ressources litteraires que notre colonie ne possédera peut-être jamais. A notre tour, nous possédons ce qui leur manque; nous avons les objets d'étude sous les yeux, et, pour ainsi dire, toujours à portée de la main. Cet avantage-là vaut bien l'autre; et la conséquence à tirer de cet état de choses, c'est que le travailleur algérien n'est pas l'inutile doublure, mais le complément naturel de celui d'Europe. Chacun d'eux fera ce que l'autre ne peut faire, et leur réunion offrira la solution complète du problème d'organisation des études historiques à entreprises sur l'Afrique septentrionale. À se trouve la raison d'être de notre société et de notre journal; À sera, nous osons l'esperer, la cause de notre succès ». Ces propos, qui reconnent un document circulaire de Randon - présent honorerie - explicitant la nature du nouveau rapport à établier avec la Métropole: « vous avez les ressources litteraires», «nous avons les objets d'étude sous les yeux'. Une forme de chantage déguisé qui va gouverner toute la politique de la recherche archéologique en Algérie.
C'est dans ce contexte de renouveau que la Bibliothèque-Musee d'Alger passa du Département de la guerre au Ministère de l'instruction publique, par un arrêté du 16 août 1848. Une plus grande régulité de fonctionnement et de budgétisation fut assurée aux deux établissements qui déménagèrent, une fois de plus, pour s'établier dans une maison mauresque, autres fois habitée par le consul américain Shaler, un palais donnant à la fois sur la mer et sur la «rue des Lotophages $n^{\circ}18$ », au quartier de la Marine. Ce palais n'existe plus. La Bibliothèque-Musee, s'était établie, ensuite, en 1863, dans l'ancienne résidence du Dey, à Dar Mustapha Pacha, palais de style mauresque, sur la rue de l'Etat-major où elle y demeura jusqu'en 1958, avant d'être transférée, dans des locaux modernes, au quartier des Tagarins, avenue actuelle du Dr Frantz Fanon.
## XI. LA BIBLIOTHEQUE-MUSEE D'ALGER: UN PREMIER BILAN
En 1861 et devant les nécessités de bilan et d'objectifs de réalisation, un état des lieux de la Bibliothèque-Musee d'Alger fut établi par A. Berbrugger, dans lequel il declina l'organigramme des deux établissements. La Bibliothèque était organisée en quatre sections (Imprimés, Manuscripts, Cartes et Plans; Papiers et documents divers) et le Musee aussi (Antiques; Monuments indigènes, épigraphiques et autres; Objets d'art arabe; Histoire naturelle). La section Antiques, la plus importante, était subdivisée en six provinces (Oran, Alger, Constantine, Tunisia, Tripolitaine, provenance inconnue).
Il est utile d'examiner la constance du fond littéraire de la Bibliothèque pour la seule section Manuscrit, en ayant à l'esprit la déclaration de Berbrugger, prononcée le 23 avril 1863, à la séance inaugurale de l'Assemblée générale de la Société Historique Algérienne: « Dans ce pays... sans savants, sans traditions savantes et même sans livres". La section Manuscrit comptait, selon la presentation du même Berbrugger, 1100 manuscripts dont plus de 400 recueillis lors des expéditions de Mascara, Tlemcen et Constantine. « Ces 1100 volumes de manuscripts contiennent à peu près 3000 traits ou opuscules sur presque toutes les branches des connaissances humaines, du point de vue arabe. Un sixieme de ces traités, etc., sont relatifs à la religion et la vie de Mahomet: là se classent plusieurs exemplaires du Coran, les divers livres de la Sonna le tout accompagné des exégées habituelles... ÀpRES les ouvrages de théologie on compte parmi les plus nombreux qui se rapportent à la législation et complènnet les textes des deux sectes d'Hanifa et de Malek ainsi que les commentaires et les gloses des plus savants docteurs. Les traités relatifs à la langue arabe en général, à la grammaire élémentaire, à la rhetorique, logique, etc abondent sur tout. La poésie ideale ou technique est représentée par 3590 poèmes ou pieces de vers en différents genres. 60 manuscrits appartiennent à l'histoire, la géographie, les voyages, les contes etc., enfin il y a des ouvrages sur la médecine, la philosophie, l'astronomie, la géographie, la physique, la métaphysique, la magie, l'astrologie etc. » (1861).
Il va de soi, que la collecte de ce corpus de manuscrits et d'ouvrages, est le produit d'un processus de confiscation et de dépossession, au passage des colonnes militaires, de Bibliothèques musulmanes et de leurs fonds précieux de manuscrits qu'elles conservaient et qui témoine de l'ancrage profond d'une culture d'érudition, développée dans les mosquées, les medersas et les établissements confréiques. L'essential de ces Bibliothèques «khizanates et kuttub» a été détruit par cette praticque d'effacement de la mémoire de la filiation institutionnelle. Ainsi, le fonds initial de la Bibliothèque-Musee relevant d'une politique d'acquisition fondée sur la de la collecte contingente et occasionnelle, qui ne pouvait ou plutôt ne devant se soucier d'inventaire et de catalogage.
## XII. L'IDEE DE MUSEES COMMUNAUX
En 1859, dans « Instructions pour la recherche des antiquités en Algérie», paru dans la « Revue algéRIenne et coloniale», Léon Renier fit un veritable réquisitaire sur la praticque muséale en Algérie, dénonçant les opérations de transfert des antiquités vers le Musée d'Alger et la métropole, qui leur ont fait perdre une grande partie de leur la valeur, les réduisant à de simples objets de curiosité sans signification historique. Dans un long plaidoyer scientifique, il insista sur le fait que certains objets n'ont d'importance que par leur intérêt local, telles les inscriptions municipales et les éléments de bornage, qui ont été maladroitement acheminés vers le Musée d'Alger ou transférés en métropole.
Le problème de la concentration archéologique (Musée central) a été abordé, par l'auteur - au-delà des aspects scientifique et éthique - d'un point de vue politique et patrimonial, dans un argumentaire qui fait du nouveau colon français le citoyen d'une deuxième France « les inscriptions antiques en général sont tout ce qui nous reste des archives des cités romaines, qu'elles sont la propriété des communes françaises qui se forment aujourd'hui sur le territoire de ces cités, et qu'en dépouiller ces communes, c'est leur enlever les premiers titres de leur histoire».
C'est à coup sur, dans l'esprit de l'instruction du Prince Jérôme que l'auteur s'est investi pour inféchir l'option centralisatrice de Berbrugger et libérer l'initiative des musées communaux. Pour illustrer ses propos, il cite les exemples des sites de Lambèse, de Constantine et de Cherchell, qui n'avient cessés d'être «massacrés» qu'à la suite d'une prise de conscience locale et la création de musées communaux. C'est, conclusait-il, «ce qu'il faudrait faire pour toutes les villes situées sur l'emplacement ou dans le voisinage de ruines considérables, ce qui a été fait pour Constantine et pour Cherchell, et il n'est pas douteux qu'on ne voie s'y reproüre le même phénomène, phénomène dont les études archéologiques ne seront pas seules à profiter, il est permitted d'en faire la remarque, mais qui a aussi une importance politique, car il est un indice du développement des mœurs municipales, de la naissance de cet amour de la patrie locale, dont le défaut est une des principales maladies des colonies nouvelles».
L'option des musées communaux, préconisée par l'auteur, était assorted de recommendations méthodologiques et opérationnelles, celles d'abord de confier l'administration du musée à la municipality et la surveillance et le contrôle à un conservateur spécialisé, qui serait, en même temps, chargé de veiller à la conservation des monuments d'architecture. Ce fonctionnaire avait tenir un registre dans lequel sont indiqués «l'époque de l'entrée de chaque monument au musée, sa provenance exacte, le nom de la personne qui l'aurait découverte, celui dudonateur quand le monument aurait été offert à la ville par un particulier, et ces diverses indications dévaient être reproduites sur des étiquettes, placées sur les monuments eux-mêmes, de manière à pouvoir être lues par les visiteurs».
Nos comprenons parfaitement le sens de ces indications, allusion faite au Musée central d'Alger, qui ne répondait à aucune norme muséographique et règle de conservation. Dans la réalité et en arrêté fond de cette option locale, se dessinait un nouveau paysage où le militaire et l'administratif sont de plus en plus rattrapés par une société civile – les colons – qui pouait s'impliquer directement dans un effort de construction d'une mémoire et d'une histoire coloniales, tout en bénéficiant des retombées économiques d'un tourisme fondé sur la valorisation des richesesses archéologiques.
Une rivalité voire une concurrence s'était installée entre une option centralisatrice, celle du Musée central d'Alger, voire du Musée algérien du Louvre et une option libérale, inscrite dans le nouvel esprit coloniste, encouragée par les réformes introduites, quiannonçait la fin de l'utopie du «Royaume arabe», avec l'adoption du Senatus consulte de 1865, la création des communes de plein exercice à la française, l'instauration du code de l'indigénat, qui excluait les «indigènes» de la citoyenneté française, le décret de Crémieux qui ouvrait la nationalité française aux juifs d'Algérie et celui qui donnait la nationalité aux europeens ayant au moins résidé trois ans consécutifs en Algérie.
Les options arrêtées, qui relevantent plus d'un jeu de rapport de force que d'une évolution dans les idées et les entendements, étaient sous-tendues par un discours scientifique et académique qui, pour la première fois, introduisait des considérations patrimoniales de conservation. Fallait-il conforter l'idée de transfert des antiquités à Alger ou à Paris, au motif de leur protection contre les-destructions ou au contraire initier une politique de multiplication et d'une mise en réseau de musées locaux? Pour la première fois, aussi, il est fait état de conditions de mise au jour, de transport et de stockage des antiquités découvertes. L'Académie des inscriptions et belles-lettres, ne pouvant pas été en reste de cette préoccupation, se prononçait fermement contre le déplacement de documents hors de leur cadre, considérant que le déracinement enlevait leur signification aux objets.
Le souci de la «conservation sur place» ne s'énonçait, en fait, que d'un point de vue idéologique car, dans les faits, le préjudice cause aux antiquités commençait par l'acte même de destruction des premières couches archéologiques de l'époque médiévale pour acceder, très vite, aux inscriptions latines, aux mosaïques de l'antiquité tardive et aux niveaux dits de la « belle époque», de la période romaine. La course aux inscriptions latines était encouragée pour, d'une part, réaliser une filiation entre les données de l'archéologie et les premiers établissements coloniaux et, d'autre part, répondre à une commande métropolitaire en concurrence avec les autres pays européens notamment l'Allemagne. Des guides archéologiques pratiques de releve des inscriptions et de dépose de mosaïques étaient distribués aux personnes désireuses de pratiquer des fouilles, sans autres conditions et prescriptions de protection.
Cette «prise de conscience» qui présidait au besoin de l'option «conservation sur place», préconisée par Léon Renier en 1859 et au-delà des aspects purement scientifiques et techniques, signifiait, politiquement, un changement de vision, depuis une France qui voulait, par la collection nationale, montrer la réalisation d'une œuvre coloniale (Musee d'Alger et du Louvre), vers une deuxième France, la colonie, qui voulait se construire par elle-même et pour elle-même. Une ferveur s'était, en effet, emparée des associations et sociétés savantes, de certains gros propriétaires et des élus communaux, pour la constitution de collections et la création de musées locaux, dont certains furent convertis en musées municipaux grâce, notamment à la loi de 1900 qui accords à l'Algérie une autonomie financière limitée, garantissant la durabilité de l'entreprise, c'est à dire l'ancrage du musée à sa géographie.
A côté du seul Musée national, spécialisé dans les Antiquités algériennes et d'Art musulman, établi à Alger,quinze musées locaux furent créés,entre musées communaux et musées de sites. Les premiers compreniaient: «Aumale», «Bône», «Bougie», «Cherchell», «Constantine», «Guelma», «Lambèse», «Oran», «Philippeville», «Sétif», «Tébessa», «Tlemcen» (le seul Musée communal dédié aux Antiquités musulmanes). Les second comptaient: «Djemila», «Timgad» et «Tipasa», qui relevant directement des Monuments historiques et étaient financés directement par le gouvernement général.
## XIII. LE «MUSEE» SOUS LA IIIÉME
### République
C'est dans le contexte des grandes réformes républicaines de la Illème République et des lois constitutionnelles en faveur d'un nouveau régime démocratique, qu'une nouvelle approche coloniale fut introduite, portuse d'un nouveau regard, laïque et rationaliste, fondé sur la philosophie du progrès et du positivisme scientifique. Il se traduisit par la création, en 1879, de quatre Écoles Supérieures spécialisées à Alger: médecine, pharmacie, sciences, lettres et droit, qui se transformérènt, en 1909, en une Université. La création de l'Ecole supérieure des lettres d'Alger, en 1880, puis sa transformation en Faculté des lettres, en 1909, constitua un acte fondateur d'unerupture dans le mode de production du savoir et de la connaissance, jusqu'à, gouverné par un système qui mettait en articulation les sociétés savantes, la Bibliothèque, le Musée d'Alger et les autres musées. Une rupture qui s'est concrétisait par une refonte des institutions et un changement d'homme.
En 1880, un service des monuments historiques et une commission des monuments historiques furent créés en Algérie,annonçant une volonté de mise en ordre institutionnelle dans les champs de l'archéologie et des monuments. S'agissant des musées et des collections, un état des lieux, pour une refonte organisationnelle et un redéploiation sur de nouvelles bases institutionnelles, était commandé par le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, au moment même où, en métropole, se préparait la publication de l'Album sur les Musées de France et dans la Régence de Tunis, celle des collections du Musée Alaoui. Pour l'Algérie, qui avait se mettre sur le diapason de la nouvelle République, c'est un regard extérieur qui fut sollicité, en la personne de R.M. de La Blanchère, un ancien élève de l'Ecole française de Rome, établi à Tunis. Sa mission consistait à réaliser un diagnostic et envisager un catalogue des Musées et Collections de l'Algérie.
## XIV. LE RAPPORT ACCABLANT SUR LES MUSÉES ALGÉRIENS (R.M. DE LA BLANCHÈRE)
Le Rapport de La Blanchère sur la situation des musées algériens ainsi qu'un premier tome, sur la description du Musée d'Alger, de la série des «Musées et Collections de l'Algérie» (1890), réalisé par M. Doublet, ancien membre de l'Ecole d'Athènes, furent remis, en 1890, au Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. Le rapport est un veritable pamphlet sur la pratique muséale en Algérie depuis 1830. Il est utile de reprenevre ici, l'essentiel des observations et remarques qui y sont contenues, pour évaluer la nature et l'ampleur des manquements et des dommages constatés. Dans son introduction au sujet, La Blanchère averittais qu'il n'avait pas la prétenion de refaire les catalogues et les inventaires, en précisant, cependant, qu'«un catalogue ne se fait itulement que quand tout est logé, classé, et range d'une maniere définitive, ce qui n'a encore eu lieu nulle part» et que «cette comptabilité [inventaire] est l'affaire des conservateurs, et devrait être depuis longtemps tenue». Son travail consistait, disait-il, à «rendre un compte exact de ce que l'établissement [musee] renferme, et d'en rendre compte au public».
La première observation, d'ordre général, qui résumé le diagnostic, est sans appel: «Les musées d'Algérie sont plus riches qu'on ne le pense, et plus riches qu'illes ne le paraisent. Ils devraient l'être cent fois plus... La millième partie des trésors qui ont été barbarement détruits, ou que l'on a laissés se perdre, depuis un demi-siécle, dans notre colonie, suffisait à former d'incomparables collections». Sans le citer nommément, la critique visait directement A. Berbrugger «Elle [l'Algérie] n'a jamais eu de personnel capable, n'avant pas d'autre soin que de sauvégarder les restes de son passé, et dévoué exclusivement à cette tâche unique. Il n'y a pas de Musée central ». Le Musée central «...n'est ni un musée de l'Algérie, ni un musée de la province d'Alger: une grosse part des morceaux qu'il contient, et presque les plus beaux, viennent de la Tunisie »
Il compare les musées de provinces à des cabinets de curiosités « [Ils] se sont enrichis au hasard, sansaucun plan, sansaucun ordre. Ils ne donnent nullement l'idée des antiquités du pays ».Le Musée de Constantine « contient presque autant de bibelots italiens que de trouvailles africaines. Il n'offre pas une inscription libyque, alors que presque tout le corps de cette épiographie singulière vient de ce seul département... la collection lapidaire est-elle reliégueedans un square, exposée aux coups de cailloux des enfants, et ses pièces les plus importantes, quelques très belles inscriptions, sont-elles dans un coin perdu où la terre commence à les envahir ». Le Musée de Chercell « est un fouillis, jeté par tas dans un vilain enclos, en plein air, si ce n'est qu'un hangar miserable abrite tant soit peu quelques superbes sculptures, recollées au hasard et groupées comme des moellons ». Le Musée de Bône quant à lui, « il serait de n'en pas parler. Dans un magasin, demi-sous-sol, qui, par un soupirail, recoit les balayures d'une cour d'école, se cachent sous une épaissse couche d'ordure quelques vitrines désemparées, où moisissant pêle-mêle des oiseaux empaillés, des antiquités, des échantillons de minéraux, et pres desquilles sont posés des pierres et des marbres qu'il est impossible d'examiner »
Lorsqu'il procéda, par comparaison, en déclarant que «Nulle part, comme au Musée Alaoui, on n'a cherché à rappeler les cités anciennes de la province, chacune parquelque inscription,quelque monument typique,autour duquel se groupent les objets de même provenance;les emplacements les plus célébres dans l'histoire de l'archéologie algérienne ne sont souvent représentés dans aucun des musées d'Algérie», La Blanchère s'était placé dans une situation paradoxale voire antinomique des objectifs d'une colonisation de peulement, qui justifierait « l'indifférence des pouvoirs publics», selon ses propres propos: « Ni l'Etat ni les départements ni les villes n'ont accompli tout leur devoir. Il est tard aujourd'hui: on peut encore très bien faire, mais plus jamais on ne fera ce qui était facile autresfois»
## XV. R.M. DE LA BLANCHÈRE: FONDATEUR D'UNE MUSEOGRAPHIE ALGÉRIENNE
A l'invitation de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'Ecole française de Rome - active depuis 1875 - se mettait, pour la première fois, dés l'année 1889, sur l'orbite Nord-africanne. Il s'agissait sur tout d'accueilir, parmi les doctorants et jeuneschencherours agreés, pour des séjours d'études en Italie, les candidats éligibles à un destin Nord-african, plus particulièrement algérien, selon des prédispositions et un profil qui correspondraient à la politique en vigueur en matière d'archéologie, de monuments et de musées. C'est par cette caractéristique, ajoutée à l'expérience acquise en Tunisie et au Rapport qu'il venait d'établier sur l'Algérie, que La Blanchère fut nommé, en 1891, Directeur du Musée d'Alger, poste qu'il occupa jusqu'en 1900, en s'employant à sa réorganisation selon les normes en vigueur de la muséographie, à l'image du Musée Alaoui de Tunis.
Le Musée se voit séparé administrativement de la Bibliothèque. Nous sommes déjà loin de l'ère Berbrugger qui, rappelons le, avait été célibrée en grande pompé en 1865, au siècle même de la Bibliothèque-Musee d'Alger, où Berbrugger, pour service rendu, était élevé à la dignité de commandeur de la Légion d'honneur par l'Empereur Napoléon lui-même, alors en voyage en Algérie. C'est le Ministre de la marine et des colonies, Chasseloup-Laubat qui mit fin à sa carrière. Il décéda un peu plus tard, en 1869 à Alger. La gouvernance Berbrugger, qui avait traversé la Monarchie de juillet, la deuxième République et le Second empire (un demi-siècle), pris ainsi fin sans encombres.
A la prise de fonction de La Blanchère, l'exiguité des locaux du Palais Mustapha Pacha, les mauvaises conditions de conservation (fragilité des structures, faible luminosité), qui commandaient une restauration ergente - elle n'aura jamais lieu - avaient empêché la mise en place d'un dispositif muséal à la dimension d'un musée central. C'est bien plus tard, en 1893, qu'un nouveau musée fut créé, par le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, à Mustapha supérieur, dans une maison occupée jadis par une école normale primaire (au sein du jardin pittoresque qui pris le nom de parc de Gallant). Ce musée étaitOrganisé en deux sections, l'une spécialisée dans la période antique et l'autre dans la période musulmane ou «section Art musulman». Il abritait, en outre, le fonds de l'exposition permanente des produits de l'Algérie (armes, objets d'art, trophées...).
## XVI. LE MUSEE STÉPHANE GSELL: ENTRE RÜPTURE ET RENOUVEAU
L'évocation du nom de Stéphane Gsell résumé, à elle seule tout un schéma conceptuel et méthodologique de l'enseignement et de la recherche dans les domaines de l'archéologie, des monuments et des musées en Algérie, celui qui détermina toutes les politiques entreprises dans ces domaines. S. Gsell s'établit, sans partage, sur tous les espaces et domains d'intérêt où, jadis, régnaient en maître des compétences qui investissaient dans des disciplines et des thématiques bien encadrées. Le Replacement de R.M. de La Blanchère voire son effacement par son collège de l'Ecole française de Rome, S. Gsell, est significatif d'une politique de rupture avec un ordre établi et d'announce de nouvelles orientations, en phase avec le projet coloniste de la Illème république.
Gsell fut appelé, en 1891 à l'Ecole supérieure des lettres d'Alger, pour envisigner l'archéologie, en qualité de charge de cours. Il fut, ensuite, en 1902, nommé inspecteur des antiquités de l'Algérie et directeur du Musée d'Alger puis, en 1919, inspecteur général des musées archéologiques de l'Algérie. Un dispositif institutionnel qui aboutit, en 1923, à la création de la Direction des antiquités (Service des antiquités), une institution du gouvernement général de l'Algérie. Cette évolution institutionnelle, concomitant d'une progression fulgurante de la carrière de Gsell, qui nous rappelle le parcours d'A. Berbrugger, appelle à un examen et unapprofondissement du profil et de l'itinétaire de ce personnage, qui a marqué l'histoire de l'archéologie, des monuments et musées algériens.
S. Gsell est né en 1864 à Paris, dans une famille d'origine alsacienne et de religion protestante. Elève de l'Ecole normale supérieure, en 1883, il devint membre de l'Ecole française de Rome, entre 1886 et 1890, puis membre correspondant de l'Académie des inscriptions et belles lettres, en 1902, et membre permanent en 1923. ÀpRES quatre années d'études à l'Ecole française de Rome, il obtint son Doctorat, en 1894, avec une thèse principale consacrée au régne de l'empereur Domitien, qu'il achéva en 1892 et une thèse secondaire sur Tipasa, «De Tipasa Mauretaniae Caesariensis urbe» qu'il termina en 1894.
Il a eu le privilège, lors de son séjour à Rome, de fouiller une partie d'une importante nécropole étrusque du nom de Vulci, située à Montalto di Castro, en province de Viterbe, région Latium, en Italie centrale (32). Cette fouille dura 5 mois, temps utile pour S. Gsell, qui s'exerça, sans relâche, à la praticque de la fouille archéologique, dans le sens entendu de l'époque, celle d'une activités de collecte, de relevé et de catalogage, un moyen technique qui s'inscrit dans le processus: observation-enregistrement-publication. Gsell n'était pas parti de rien, les objets issus de la fouille étaient, en fait, des matérieliaux qui illustraient une histoire, celle des Etrusques, telle que transcribe par les Anciens.
Gsell ne connaissait rien à l'Algérie ni à l'Afrique du nord, d'autres plus indiqués que lui, avaient la notoriété et l'expérience de terrain. La Blanchère était en poste à Alger, à la fois au Musée et à l'Ecole supérieure et Jules François Toutain, normalien, agréged histoire, membre de l'Ecole française de Rome (1890-1892) et africaniste, avait séjourné pendant deux ans à Tunis, où il occupa le poste d'inspecteur des antiquités auprès du Service des antiquités, dirigé par La Blanchère, en s'investissant, en tant que représentant de l'Ecole française de Rome, dans des recherches archéologiques, à la fois en Tunisie (fouilles de Tabarka et autres sites autour de Carthage) et en Algérie (fouilles de Tzigirt et Taksebt, en Kabylie).
C'est le philosophe Louis Liard, directeur de l'enseignement supérieur (33), qui porta son dévolu sur S. Gsell, à un moment de grands boulevements, sous la Illème République, dont la grande réforme de l'enseignement. Le choix d'un tel profil était significatif – comme nous le verrons plus loin - d'une option qui allait assurer et garantir l'emprise de la marque latino-chrétienne sur un territoire à recréer: L'Algérie. Une perspective paradoxale qui va à contre courant de la dynamique de l'histoire en métropole, dont le maitre mot était la laïcisation. Au même moment, le cardinal Lavigerie,missionné par le pape Léon XIII,négociait son raliellement à la République. (34)
Pour s'en convaincre, l'arrivée de Gsell à Alger était concomitant de cette d'un autre personnage emblématique, Louis Bertrand (1866-1941), un normalien, membre de l'Académie française (élu en 1925), qui fut également détaché à Alger en 1891, comme professeur de rhetorique au lysée d'Alger. Il est l'incarnation du projet «résurrection d'une nation latine en Afrique du Nord, à l'ombre de la domination française» dont l'«archéologue» S. Gsell, allait constituer l'instrument «scientifique» de démonstration et de légitimation. Son role, propagandaist, en rupture avec les convenances académiques, consistait en la fabrique d'une nouvelle «race algérienne» au nom des «droits antérieurs à l'Islam» (35).
Ce projet ne pouvait se réaliser en dehors de la mission religieuse de «résurrection de l'église d'Afrique» et du prosélytisme des Pères Blancs, incarnés par le cardinal Lavigerie (1825-1892), archevêque d'Alger et de Carthage. Ainsi, Gsell, Bertrand et Lavigerie constituérènt les trois piliers porteurs d'un nouvel édifice colonial, fondé sur la démonstration et la preuve archéologiques.
Pour s'en convaincre, aussi, le premier contact de Gsell avec l'Algérie se fit avec le site de Tipasa, objet de sa thèse secondaire. Le choix de ce site et tout particulièrement de la «Basilique de la sainte salsa», procédait, naturellement, d'une commande de l'Eglise catholique, dont l'Abbé Duchesne (36) en est le maître d'ouvrage: un ecclésiaste qui, paradoxalement, a été maintainu, d'une manière exceptionnelle, à la tête de l'Ecole française de Rome (37).
De quoi s'agit-il, au juste? Soudainement, en 1891, deux manuscrits espagnols relatant la «Passion de Saint Salsa», sont retrouvés dans les archives de la Bibliothèque nationale de Paris (38). La «Sainte» fut sitôt inscrite par le martyrologue de Saint Jérôme, parmi les martyrs d'Afrique du début du IVème siècle et c'est l'abbé Duchesne qui communiqua à l'Académie, le document martyrologique, qui venait d'être publié par des Bollandistes.
C'est à la suite de cette communication que S. Gsell entreprises une fouille à Tipasa, dans une basilique, appelée depuis, «Basilique de la Sainte Salsa». Par son expérience italienne de Vulci, il était à même d'exercer ses qualités de philologue que d'archéologue, pour construire un mythe fondateur de l'une des premières villes coloniales au cachet «latino-chrétien», Tipasa, autour d'un martyr chrétien, la "Sainte Salsa". Gsell était tout indiqué pour exercer le savoir-faire acquis à Vulci, en matière de fouille d'une nécropole; il s'agissait de reproductive le même protocole de dégagement des tombes et de leur mobilier, de leur description, leur étude et leur mise en musée (voir musée étrusque du Palais Torlonia de la Lungara et Musée préhistorique de Rome). C'est la publication, en 1891, des « Fouilles dans la nécropole de Vulci, qui propulsa Gsell au devant de la scène archéologique. Il s'intéresse à Tipasa en même temps et à la suite des hommes d'église, tels Lavigerie, l'Abbé Saint Gerand, l'Abbé Grandidier, l'Abbé Rance et l'Abbé Duchesne, pour récolter et rassemble les preuves et les arguments de concordance de l'archéologique (la basilique chrétienne, notamment les inscriptions) et de l'historique (les manuscrits sur la passion de la martyre africaine).
Avec l'Abbé Saint Gérand, en 1891 puis en 1892 et 1893, Gsell fouilla l'essentiel de la basilique Sainte Salsa. Ses recherches - orientées - ont été précédées par des actions tout azimuth d'investigations et d'excavations en quête des moindres indicescomfortant la thése de la martyrne chrétienne tipasienne.(39)
Le travail laborieux de dépouillagement des archives et documents existants, tout Domaine confondu, qu'il effectua, les dix premières années de son établissement à Alger, furent compilation en chapitres dans la Revue africaine et repris juste après dans les Mélanges de l'Ecole française de Rome, qui avait ouvert à cet effet, la «Chronique africaine ». C'est partant de ce corpus de documents et de matériel archéologique, déposé dans les différents musées et les lieux de dépôts, qu'il établit son plan d'investigation du territoire, dans la perspective d'une œuvre totale, qui fut consacrée, à termes, en 1901, dans les deux volumes: «Les monuments antiques de l'Algérie», écrites sous l'égide du gouvernement général.
C'est dans la région nord-est algérienne, le Constantinois, le Setifois et les Aurès qu'il déploya toute son énergie, en se mettant sur les traces des anciennes expéditions, avec l'avantage du débordement sur les autres territoires et de la possibité d'y returner. Aux dessins et croquis des premières expéditions, il substitua les relevés et les plans aux échelles convenues. Il reprit les planches de MAI.-Al. Delamaire, en y introduisant du texte et du commentaire (1912).
Il sepla, également, en vis-à-vis voire en concurrence avec les architectes des monuments historiques, notamment, R. Duthois (Architecte des monuments historiques d'Algérie, 1880) et A. Ballu (Directeur du service des monuments historiques de l'Algérie, 1889), dans les grands sites de Timgad, Djemila, Announa, Khamissa, Madaure. De cette confrontation, il s'y dégagea deux grandes tendances, celle des architectes des monuments historiques, soumise aux règles académiques de la profession, et celle des historiens, archéologues antiquisants, auxquels la philologie ouvrait le champ à une investigation scientifique plus ouverte. Cette deuxième tendance était incarnée par S. Gsell et toute l'Ecole des antiquisants d'Algier.
L'oeuvre de Gsell est gigantesque, par son volume et sa portée; c'est un enorme corpus (mémoires, catalogues, atlas, guides) concu dans la perspective d'une histoire globale de l'Afrique du nord. C'est dans le format du guide et du manuel de l'archéologie (rassemblier, sérier, classifier méthodiquement) qu'il avait entreprises son projet, l'avouant lui-même, en préface du tome premier des monuments antiques de l'Algérie: «Cet ouvrage devait consister, d'abord, en une série de notices sur les ruines antiques de l'Algérie... Je n'ai donc pas adopté l'ordre géographique, où des édifices d'époques et de destinations diverses auraient été confondus, mais j'ai étudié, dans des chapitres distincts, les différentes catégories de monuments...».
Procedant par catégorie de monuments, dans un emplement chronologique, que rien n'autorisait, depuis la grotte préhistorique jusqu'àu au baptistère chrétien, en passant par les indigènes et puniques puis les romains, il a su convertir un guide didactique, un «Mémento» de l'archéologie monumentale, en un instrument démonstratif et explicatif de l'archéologie monumentale algérienne. Résilisé en divers formats, pratiques et usuels, ce guide était accompagné en autant de publications de vulgarisation et de manifestations scientifiques et culturelles, destinées à un nouveau public « envoie de création».
Avec Gsell, la science archéologique s'était investie frontalement dans le terrain politique $^{(40)}$ en occuptant de proche en proche les lieux d'accès à la décision politique, par une instrumentalisation du savoir et sa mise à disposition d'une cause coloniale: «I'Algérie française». L'année du centenaire de la prise d'Alger (1930) fut la consécration de cet effort de plus d'un demi-siècle, qui se résume dans ce court passage de l'ouvrage « Histoire et historiens de I'Algérie »: «L'histoire nous trace ainsi nos devoirs: volunteered inébranlable d'être les maîtres partout et toujours; nécessité d'une colonisation appuyée sur un fort peulement rural européen; nécessité non moindre de rapprocher de nous les indigènes avec le ferme désir et l'espoir d'une fusion dans un avenir plus ou moins lointain. Cette histoire n'est donc pas en Afrique "la plus inutile des sciences" $^{41}$.
Son idée et sa position arrêtés sur l'Algérie sont significatifs de cet investissement, dans le contexte de la Illème République: «L'Algérie! Un nom que nous avons créé et qui ne devint officiel qu'en 1838; un morceau découvert arbitrairement à l'époque turque et qui reçut alors à peu pres ses limites actuelles; une unité factice dont la France a fait autant qu'elle a pu une unité réelle» «.
C'est dans cette prédisposition psychologique, d'un engagement militant, que d'aucuns qualiaient de « patriotism assume», que Gsell et après lui, toute l'Ecole des antiquisants d'Alger, vont reconvoir le paysage muséologique algérien.
La célébration du centenaire constitua une prise de date de l'établissement permanent d'une «Algérie française>. Nous y observons la création, tout azimuth, d'institutions culturelles au statut durable tels le Musée Franchet d'Esperey; les Musées des Beaux-arts d'Alger, d'Oran et de Constantine; le Musée d'ethnographie et de préhistoire du Bardo; les Musées de Timgad et de Djemila; le Musée forestier d'Alger; la Maison indigène de la place d'Estrées d'Alger; les Maisons de l'agriculture d'Alger, d'Oran et Constantine; les Écoles de tissage de Bougie et de Tlemcen; l'Ecole d'apprentissage de la bijouterie indigène et l'Ecole de poterie kabyle de Tizi Ouzou.
L'année du centenaire était un tournant décisif de l'histoire coloniale, celui du raliement à une doctrine historique, dont Gsell est le maître d'oeuvre. Une doctrine qui a enchassé l'histoire de l'Afrique du nord dans un récit exclusif de confrontation entre Rome la latine et Carthage la sémite, en déplaçant le regard d'une orbite «climaticienne» nord-sud, vers une orbite «culturelle et religieuse» est-ouest, opposant un orient phéniciel et sémite à un occident romain à l'exclusivité latine. La dimension grecque, clé de voûte du système civilisationnel mediterranéen, étant éliminée de ce dispositif de construction historique.
Dans le contexte de la Illème République et pour des besoin de démonstration, le début politique et intellectuel s'était déplaced du terrain de confrontation immédiat – le bassin occidental de la Méditerranée – entre acteurs romains, puniques et numides, vers un territoire beaucoup plus vaste, mettant en opposition un occident latin et un orient phénicien, arabe et même byzantin. Nous comprehensonsès lors cet attachment soudain aux attributs et valeurs qui consacrent l'occidentalité et cette recherche d'une filiation hispano-mauresque entre le Maghreb et l'Espagne musulmane.
De l'archétéype «Arabe», sur lequel s'est construit tout un imaginaire colonial à la fois de répulsion et de fascination, va se substituer une imagerie spécifique maghrébine où l'«indigène» autochtone va constituer, désormais, l'élement invariant: « la permanence berbère». Dans «Histoire et historiens de l'Algérie», E. Albertini, écrivait en page 101 à propos de l'Algérie antique: «Les Français qui ont conquis l'Algérie croyait d'abord qu'elle était peuée d'Arabes, et cette erreur ne s'est pas corrigée tout de suite; on a mis quelque temps à percevoir le caractère adventice des éléments arabes dans l'Afrique du Nord »
## XVII. NORMALISATION DE LA PRATIQUE MUSEALE
La normalisation et la stabilisation de la pratique muséale, dans l'«Algérie française», est l'aboutissement d'un processus d'élaboration institutionnelle, qui remonte à l'année 1912, avec la création de l'«Inspection des antiquités d'Alger» qui, pour la première fois, allait destiner un inspecteur chargé exclusivement de l'Algérie. Gsell, Carcopino, Cagnat et Albertini se succédèrent à ce poste; pour poursuivre l'effort archéologique engagez jusqu'à, dans l'ordre conceptuel et méthodeologique convenu. Ils assureraient, à la fois, les missions d'inspection, d'enseignement à l'université et de direction du Musée des antiquités d'Alger.
Une dizaine d'années plus tard, en 1923, une direction des antiquités et des missions archéologiques fut créée auprès du gouvernement général de l'Algérie. Elle permit d'asseoir un veritable dispositif d'administration et de gestion des musées et des missions archéologiques, mis sous le contrôle politique du gouvernement général de l'Algérie et l'ancrage et la caution scientifiques de l'Ecole française de Rome.
## XVIII. LES MUSÉES D'ALGÉRIE: QUEL (S) ANCRAGE (S) JURIDIQUES (S)?
### a) Les lois sur les monuments historiques
L'essentiel de l'senal juridique métropolitain, appliqué ouétendu à l'Algérie, concernait davantage les monuments historiques, les sites et les fouilles archéologiques que les musées, les collections et les biens culturels mobiliers. Ces derniers nesemblant pas avoir captivé l'intérêt du législateur français, qui renvoyait le sujet à des niveaux réglementaires (décrets, arrêtés, circulaires). Il faut remonter aussi loin que 1887, jusqu'à la loi sur les monuments historiques, pour retrouver le premier ancrage légal relatif aux objets culturels mobiliers d'Algérie. Il s'agit de l'article 16 (chapitre IV), des «Dispositions spéciales à l'Algérie et aux pays de protectorat», qui stipulait que « Dans cette partie de la France, la propriété des objets d'art ou d'archéologie, édifices, mosaïques, bas-reliefs, statues, Médailles, vases, colonnes, inscriptions qui pouraient existier, sur et dans le sol des immeubles appartenant à l'État ou concédés par lui à des établissements publics ou à des particuliers, sur et dans les terrains militaires, est réservée à l'État».
Cette loi a été pensée, non pas dans le cadre strictement métropolitain, mais dans une perspective beaucoup plus large, englobant le contexte européen, celui des colonies et des protectorats, afin deContainir tous les aspects philosophiques, juridiques et institutionnels, qui mettaient en relation la protection des biens culturels et les acquis constitutionnels de la propriété privée - cheval de bataille de la Illème République - Au cœur même des débats sur cette loi, intervenant au Senat, M. Bardoux, ancien Ministre de l'Instruction publique, qui avait faitaire rapport, signalait, déjà, «l'état déplorable dans lequel se trouvent les antiquités algériennes (41).
Appuyé par tout un corpus de données et d'informations livrées, notamment, par M. L. Renier et M. L. Masqueray, il déclarà, séance tenante: « Notre terre d'Afrique est, après l'Italie, le pays qui fournit le plus d'inscriptions romaines. Malheureusement, il y règne une vérable fureur de destruction et les monuments les plus intéressants sont l'objet des actes de dévastation les plus inexplicable et les plus barbares'. Alors directeur de l'Ecole supérieure des lettres d'Alger, M. L. Masqueray exprimait le même regret en 1882: «L'indignation nous aurait pousse à recueillir, nous aussi, les épaves d'un naufrage dans lequel des villes entière disparaisent. On a fait de la chaux avec des statues de Caesarea (Cherchell), Naraggar, Thagora, Auzia sont Englouties dans des casernes, j'ai vu scier les marbres du Temple d'Esculape; à Lambèse, les collections locales sont au pillage» (42).
La loi du 30 mars 1887 sur les monuments historiques a cette singularité d'avoir introduit un mécanisme spécifique de protection des biens culturels mobiliers et immobiliers, appelé «classement», uneASForte de limitation «déguisée» de la propriété de certains biens cultures. Cette loi devint inopérante une quinzaine d'années plus tard, notamment après la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l'État et ses implications sur le patrimoine religieux. Elle fut remplaçaee par la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, qui introduisit une conception nouvelle du droit de propriété, en étendant le classement au domaine privé. Ainsi, les biens culturels meubles, immeubles par nature et immeubles par destination, dont «la conservation presente, au point de vue de l'histoire ou de l'art un interet public», pouvaient faire l'objet d'un classement, y compris contre l'accord de leur propriétaire. L'intérêt public de la conservation se plaçant, désormais, audressus de la propriété qu'elle soit publique ou privée.
S'agissant de l'Algérie, l'aléna premier de l'article 36 de cette loi (Chapitre VI), dans les « dispositions diverses», stipulait que: «La présente loi pourrait être étendue à l'Algérie et aux colonies par des règlements d'administration publique, qui détermineront dans quelles conditions et suivant quelles modalités elle y sera applicable». Le second alinéa du même article précisait, cependant, que «Jusqu'à la promulgation du règlement concernant l'Algérie, l'article 16 de la loi du 30 mars 1887 restera applicable à ce territoire». Par cette disposition, l'Algérie se voyait exclue du champ d'application de cette loi, ne pouvant, donc, acceder aux avances juridiques relatives, notamment, à la propriété privée. Les mesures d'«inaliénabilité» et d'«imprescribilité», demeurèrent régis par l'article 10 de la loi de 1887: «Les objets classés et appartenant à l'Etat seront inaliénables et impressibles».
La loi 31 décembre 1913 avait introduit, dans les «Dispositions diverses», un article17 qui stipulait que « Les mêmes mesures seront étendues à tous les pays placés sous le protectorat de la France et dans lesquels il n'existe pas déjà une législation spéciale ». L'allusion est faite à la Tunisie qui disposait, déjà, d'un décret sur la sauvegarde du patrimoine culturel, datedu 7 mars 1886. Ainsi, la Tunisie - sous régime du protectorat- se voyait également exclue du champ d'application de cette loi.
## XIX. LES LOIS SUR LES MUSEES (1941-2002)
Une trentaine d'années plus tard, sous le régime Vichy, plus précisément le 10 Aout 1941, une loi relative aux musées des Beaux-arts est promulguée. Son article premier disposait: « Est considéré comme Musée, sous l'application de la présente loi, toute collection, permanente et ouverte au public, d'oeuvres représentant un intérêt artistique, historique ou archéologique». Cette loi fut remplacede, en 1945, par l'ordonnance du 13 juillet 1945 portant organisation provisoire des musées des Beaux-arts, qui avait repris l'essentiel de son contenu, en demeurant toujours dans le seul champ d'application des Beaux-arts.
Cette ordonnance avait introduit, tout fois, conformément à de nouveaux principes édictés par l'ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légality française sur le territoire continental, un certain nombre de changements, notamment institutionnels et organisationnels. Ainsi, la Direction des « Musées Nationaux » devint la Direction des « Musées de France ». Les musées de province, à l'instar des musées parisiens (environ un millier) furent rattachés à l'Etat. La liste de ces musées était fixée par décret en vertu de l'article 3 de l'ordonnance du 13 juillet. Tous les autres musées, qui n'avient pas qualité de musee national, furent répartis entre deux catégories dé définition: les « musées classés » et les « musées contrôlés», qui ne se distinguiaient que par la nature du contrôle qu'exercait l'Etat à leur endroit.
Pour les « musées classées», bien que n'appartenant pas à l'Etat, étaient gérés par un conservateur, fonctionnaire de l'Etat, nommé par le Ministre de l'Education nationale. Quant aux « musées contrôlés», les plus nombreux, étaient gérés par un conservateur, quoique non fonctionnaire de l'Etat, mais nommé par le Ministre de l'Education nationale et sous son contrôle. Le contrôle de l'Etat ne s'exçait pas sur la propriété du musee et de ses collections, mais sur l'utilisation qui en est fait, étant donné qu'il y a admission de public.
Le statut et le mode de contrôle par l'Etat des musées, dans l'esprit de la loi du13 juillet1945, participait d'une double logique, celle d'une centralisation administrative et d'une décentralisation technique. Quoique provisoire, il fut effectif jusqu'à la promulgation de la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, qui, tout en reaffirment le principe du contrôle de l'Etat sur les musées, introduisit un mécanisme de conciliation des principes de la décentralisation (prince constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales) avec les impératifs régaliens de gestion des collections. C'est le label «musee de France», qui consacrà la mission de service public des musées, appelant ces derniers, sans distinction aucune, à souscrite à ce label, qui les rendrait éligibles aux soutiens scientifique, technique et financier de l'Etat, moyonnant l'acceptation de l'inalienabilité de leurs collections permanentes et de leur inscription sur un inventaire réglementaire.
## XX. LES MUSÉES D'ALGÉRIE: POUR QUEL (S) PUBLIC (S)?
Les collections coloniales, se trouvant en territoire français ou algérien, s'inscrivaient, explicitement ou implicèment, dans l'ordre naturel de cette évolution du système juridique et institutionnel français, considérant que l'Algérie était un département français(43).
Or, si les missions - régaliennes - de conservation, de réstautation, d'étude et d'enrichissement des collections, se réalisait, dans les deux territoires, suivant les mêmes protocôles, quoique avec un certain décalage et ne s'en distinguant que par la qualité de leur exécution et de leur exécuteur (qualification des conservateurs de musées, notamment), il en allait tout autrement de l'autre mission fondamentale du musée «collection permanente et ouverte au public», cette qui consiste àrendre accessible au public le plus large, à assurer l'égal accès de tous à la culture, à contribuer aux progrès de la connaissance et à la recherche ainsi qu'à leur diffusion.
En effet, Si l'intérêt public des collections coloniales concernait le «Français» dans sa définition constitutionnelle, qu'en était-il, alors, de l'«indigène musulman» qui, au regard du code de l'indigénat, était exclu de tout processus d'intégration à la nation française. N'avant pas la pleine nationalité, celui-ci demeurait en dehors de la dynamique patrimoniale. Le code de l'indigénat ne prit « théoriquement» réellement fin qu'en 1958 (44) avec la suppression du régime du double collège, mais c'était déjà la guerre d'Algérie, qui présida à la naissance de la nation algérienne, une autre entité, différente de l'entité française. Il s'y dégagera, ainsi, deux publics, non pas sur un patrimoine commun, au sens de la filiation verticale (dupère au fils), mais sur un heritage partagé, au sens horizontal (cultural heritage, dans la signification anglosaxonne du terme).
Penser les musées d'Algérie dans une historiographie française, c'est-à-dire sous un regard français - nous ne disons pas colonial ou occidental - c'est dérouler le fil d'une histoire museale exclusivement française, transcribe dans les politiques et les registres juridiques, institutionnels et opérationnels français. Aujourd'hui que l'Algérie est indépendante (juillet 1962), il se pose, nécessairement, pour la France, notamment, devant ses nouveaux ancrages européens et universels, la question du corpus muséal algérien se trouvant en France, dans sa relation avec celui «in situ» en Algérie. La reconstitution du processus historique de collecte, de ramassage, de recensement, d'enregistrement, de publication et de publicité, des objets et collections, destinés, jadis, à produit et reproductive une mémoire documentaire coloniale, source de légitimation d'une identité française de l'Algérie, est un pré-requis à la création d'un nouveau rapport à un heritage partagé entre la France et l'Algérie. Il s'agira, notamment, de préciser le mode de translation du colonial au postcolonial, en termes de transfert du matériel (mobilier) et de son corpus documentaire, pour aboutir à la reconstruction de «collections nationales», appropriables.
Lorsque nous portons le regard sur l'héritage colonial (1830-1962), nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur l'histoire et la mémoire de chaque objet et des documents qui lui sont associés. Tous ces objets, aujourd'hui exposés dans les musées ou rangiés dans des réserves algériens et français, appartiennent à une histoire et une mémoire qui tirent tout leur sens d'un processus d'appropriation fondamentalement colonial.
La France coloniale avait inscrit, et d'une manière systématique, l'héritage latino-chrétiend'Algérie, dans un processus de patrimonialisation qui assurait son adjonction aux valeurs de la chrétienté historique, portées essentiellement par les nouvelles populations européennes nouvellement établies en Algérie. Cette forme d'appropriation artificielle de l'identité et de la mémoire- veritable supercherie mémorielle - participait surtout, et par incidence, à une désubstantialisation et une érosion de la mémoire « indigène » qui se voyait déposseédée progressivement de sa relation historique, affective et emotionnelle à l'endetroit de son patrimoine antique punico-romano-latino-chrétien, pour se confiner dans le seul et exclusif cercle d'appartenance musulmane, considéré - sous l'angle de la pureté ou de la purification - comme lieu de retranchement, garantissant la sauvégarde de la personnalité musulmane contre l'occupant et l'oppresseur « chrétien ». Le renforcement de ce clavage chrétien/musulman, par une politique d'évangélisation de l'Algérie et une publicité et propaganda soutenues ont fini par forger un imaginaire « indigène » de rejet et de refoulement de tout ce qui a trait aux valeurs d'antiquité.
La difficulté, aujourd'hui, dans l'image servie par les musées algériens, n'est pas dans la substance muséographique qui la gouverne; elle réside plus dans la situation d'entrechoc entre deux temporatés « inconciliables », l'une occidentale, fondamentalement linéaire, qui a regenté, pendant 132 ans, la messagerie muséale, et l'autre, algérienne, qui relève d'un corpus de gouts, de sensations, d'émotions et d'une vision du monde différents. Il reste, aujourd'hui, à déconstruire cet édifice pour rétablit l'harmonie des temporatilés, dans la perspective d'un discours à la fois de culturalité et d'interculturalité.
Il s'agira, également, de poursuivre une œuvre de décolonisation non inachevée, dans une perspective où les «détails» et les «nuances», par le truchement de cette «archéologie de la France coloniale», participeraient au tracé des contours, à la construction de l'image et de la trame d'un récit historique de plus d'un siècle et demi (132 ans). C'est pour cela que ni la Tunisie, ni le Maroc, ni encore moins les autres cas de colonie et de protectorat, ne sont éligibles à la comparaison et ne sauraient, dans une vision «englobante», participer à la construction ou la reconstruction d'un discours muséal sur l'Algérie.
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Arnauld Le Brusq est un chercheur français, né en 1962, docteur en histoire de l'art.
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How to Cite This Article
Dr. Mourad Betrouni. 2026. \u201cThe Museums of Algeria in the French Historiographical Field\u201d. Global Journal of Human-Social Science - D: History, Archaeology & Anthropology GJHSS-D Volume 23 (GJHSS Volume 23 Issue D2): .
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This subject deals with a category of “artifacts”, here the Museum, which served or accompanied the enterprise of conquest-colonization of Algeria and the process of “putting into a museum” a people and a territory. The examination is considered from the perspective of a French historiography. The Museum is taken as keystone or “fossil director”, which confirms and authenticates the French colonial project, in its successive dismemberments, as argued by Arnauld Le Brusq: “The colonial museum is placed at the first plan of an archeology of colonial France because the museum turns out to be consubstantial with the colonial project”.
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